« 33 Jours », de Léon Werth : L’humanité au ralenti

Il y a quatre-vingts ans, les Français se lançaient sur les routes de l’exode. Parmi les témoignages publiés depuis, le récit de Léon Werth, 33 Jours, en donne une des peintures les plus expressives tout en offrant une vision lucide et mordante de la société française d’alors.

Mi-mars 2020, l’annonce du confinement en France est imminente. Nombre de Parisiens décident de quitter la ville pour rejoindre une maison secondaire ou familiale. En tout, ce sont quelques centaines de milliers de personnes (sur 2,2 millions d’habitants intra-muros) qui ont pris la route ou se sont engouffrées dans des trains. Est-ce à cause de la dérisoire rhétorique guerrière entonnée par le chef de l’État ? Est-ce parce que ce moment sombre de notre histoire reste gravé dans la mémoire collective comme un trauma ineffaçable ? Quoi qu’il en soit, ce départ -précipité a immédiatement donné lieu à un raccourci historique : l’analogie a été faite entre cet exode tout relatif et celui de juin 1940. Or, en l’occurrence, comparaison n’est pas raison.

Pour s’en convaincre, il n’est que de faire un tour au musée de la Libération, à Paris, qui organise à l’occasion des quatre-vingts ans de l’événement une riche exposition intitulée 1940, les Parisiens dans l’exode (1). On y apprendra, par exemple, que 8 millions de personnes se sont alors retrouvées sur les routes, dont 2 millions de Parisiens, c’est-à-dire plus des deux tiers des habitants de la capitale à l’époque.

On peut lire aussi le récit le plus pénétrant de l’exode écrit presque en direct par Léon Werth, 33 Jours. Bien que fort différent, il se situe à la hauteur du fameux livre de Marc Bloch, L’Étrange Défaite, tout à la fois témoignage et analyse de la débâcle, l’historien étant en juin 1940 capitaine dans l’armée française – mobilisé l’année précédente à sa demande, à 53 ans.

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