Inde : Le virus de la faim

Alors que la pandémie redouble, le gouvernement déconfine depuis le 1er juin, pressé de relancer l’économie. Mais la malnutrition explose, révélant une insécurité alimentaire structurelle.

Amanda Jacquel  • 8 juillet 2020 abonné·es
Inde : Le virus de la faim
Les enfants d’un bidonville de New Delhi font la queue lors d’une distribution de nourriture, le 15 juin.
© Prakash SINGH/AFP

U n creux historique » : c’est ainsi que les prévisions du Fonds monétaire international (FMI) qualifient la contraction de l’économie indienne, qui devrait connaître une « “nette récession” de 4,5 % en 2020 ». La crise économique liée au confinement a propulsé au moins 40 millions de travailleurs au salaire journalier, sans épargne ni garantie sociale, sous le seuil de pauvreté. Les critiques concernant l’accessibilité des rations de nourriture, conditionnées à une vérification d’identité et de domiciliation, fusent. « La disponibilité alimentaire a été réduite de 70 % pour l’ensemble de ces populations », résume Jean-Joseph -Boillot, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), dans un entretien publié sur le site de l’institut. En réaction, le -gouvernement indien multiplie les annonces : transferts de cash (tous ces précaires n’ont pas de compte bancaire) et prolongation jusqu’en novembre d’un plan d’aide alimentaire qui « fournit 5 kg de “ration” [céréales] et 1 kg de “dal” [lentilles] à 800 millions de personnes par mois », se félicitait le Premier ministre, Narendra Modi, dans son discours à la nation, mardi 30 juin.

Paradoxe, les greniers de l’Inde sont pleins à craquer : ils contiennent près de quatre fois plus de céréales que nécessaire (21 millions de tonnes). Ce qui conduit le professeur Himanshu, enseignant en économie à l’université Jawaharlal Nehru et au Centre des sciences humaines (CSH) de Delhi, à relativiser : « Ces dépenses restent mineures si l’on considère que le -gouvernement est assis sur un énorme stock de grains ! » Difficile de saisir l’ampleur des impacts de la crise sanitaire. L’étude, non exhaustive, de l’université privée Azim Premji, publiée début juin, est cependant

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