Dossier : Où va la police ?

« L’État doit rappeler sa place à la police »

Pour Hélène L’Heuillet, les forces de l’ordre ont perdu leur rôle d’arbitre des conflits pour devenir un « camp ».

En ces temps de débats volontiers manichéens, Hélène L’Heuillet, maîtresse de conférences en philosophie politique et éthique à la Sorbonne, auteure de Basse Politique, haute police. Une approche historique et philosophique de la police (1), revient sur la place essentielle que doit garder la police : celle de tiers institutionnel.

Comment analysez-vous la crise actuelle avec la police ?

Hélène L’Heuillet : C’est l’idée de tiers institutionnel qui est en crise aujourd’hui. La police doit être un arbitre qui s’interpose entre les parties qui s’affrontent dans la société. 

Or aujourd’hui, dans le débat commun, la police est devenue un « camp » : il faut être pour ou contre. 

Non seulement ça ne rime à rien, mais c’est très dangereux. D’abord, on ne peut pas être « contre » la police. Toutes les révolutions ont commencé par instituer des polices, même la Commune de Paris a eu sa commission de la sûreté générale. La violence légitime dont la police est garante est extrêmement -importante car elle doit nous protéger de la violence illégitime : la violence privée. S’il n’y a pas de police, il y a des milices.

En revanche, on ne peut pas trouver des excuses systématiques aux comportements des policiers. Dans l’exercice de leur métier, ceux-ci doivent différencier ce qu’ils sont en tant qu’individus – et leurs éventuelles idéologies – du rôle qu’ils ont. C’est le sens propre de la laïcité : séparer le privé du public. L’État doit tenir ce discours. Or il ne le fait pas.

Cette disparition de la place de tiers est très grave, car elle institue des parties qui s’affrontent, chacune prétendant représenter la population. C’est déjà une logique de guerre civile. Le pouvoir joue un rôle dangereux, il agit comme s’il avait peur de la police.

> Lire : Syndicats policiers, une défense immodérée...et intéressée

La place de la police est en fait sur la crête : ni complètement au service de l’État ni complètement au service du citoyen, mais des deux à la fois.

On la qualifie en effet d’« intenable ». Aujourd’hui, on ne sait plus occuper les places intenables, alors qu’au fond c’est la vie. On voudrait que tout soit stable. Pour la police, c’est particulièrement dangereux. Car c’est dans les États totalitaires que la place de la police est tenable et tenue.

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