Tempête de pétrodollars au pays de Robert Ménard

Le projet de rachat du club de rugby de Béziers par un investisseur émirati, finalement annulé, a plongé la ville dans une euphorie qui entache le récit identitaire de son maire, contraint de suivre.

Deux mois de promesses pharaoniques, d’esclandres et de folles rumeurs, dans une ville en ébullition, ont tourné lundi 13 juillet au fiasco. Après avoir promis de racheter le club de rugby de Béziers pour en faire « un des plus grands d’Europe », le mystérieux « investisseur émirati » a jeté l’éponge, freiné par le gendarme financier du rugby, la DNACG (1), qui refusait de valider son offre faute de preuves de son sérieux. La tragi-comédie avait commencé à la mi-mai sur un air de mini-révolution dans le monde du rugby en pleine crise d’identité. Car s’il est habitué aux frasques de grands mécènes, le rugby restait affaire de riches passionnés nationaux.

Dans le rôle du dynamiteur, un ancien international, immortel de son sport, Christophe Dominici. Il proclame par voie de presse qu’un « ami » anonyme qui « découvre le rugby » compte porter le club « le plus haut possible et très, très vite ». Pour sa révolution, l’investisseur a choisi Béziers, une colline de fort caractère, mal-aimée, qu’un édile outrancier tente de dresser en étendard d’une droite identitaire plus « réac » que le RN. L’AS Béziers Hérault (ASBH) possède un héritage sans pareil. Au début des années 1970, alors que le rugby est en pleine éclosion, le « grand Béziers » piétine ses adversaires. Il rafle 10 titres de champion de France entre 1971 et 1984 et cumule douze ans d’invincibilités à domicile, grâce à un rugby rugueux forgé dans un alliage de talents presque tous issus du cru. « Béziers est au rugby de ce que l’AS Saint-Étienne est au foot », résume Pierre-Emmanuel Azam, journaliste et animateur de La Pieuvre, hebdomadaire satirique local.

Depuis de longs mois, le club est secoué par des tensions internes et d’importants problèmes financiers qui menacent sa survie à l’échelon professionnel. Désespérément orphelin du grand argentier qui lui permettrait de suivre la surenchère qui emporte le rugby professionnel, malgré un peuple vibrant et fidèle. À la différence du football, où la règle du « fair-play » financier oblige les clubs à générer leurs propres ressources (billetterie, merchandising, partenariats), beaucoup de clubs de rugby professionnels peuvent vivre grâce aux millions injectés à fond perdus par un grand mécène. C’est même devenu une règle.

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