Un gouvernement à droite toute

Faute de changer de politique, le chef de l’État convoque quelques nouvelles têtes dans un casting très droitier. La réinvention promise est déjà enterrée.

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Puisqu’il ne remanie pas sa politique, Emmanuel Macron a donc remanié son gouvernement. « Il faut toujours qu’il y ait de nouveaux visages », lançait-il dans un entretien à la presse régionale publié quelques heures avant la nomination de Jean Castex à Matignon. « Le cap sur lequel je me suis engagé en 2017 reste vrai », assurait-il à nos confrères. En pleine crise du Covid-19 qu’il concevait comme « une guerre », le chef de l’État avait pourtant promis le 16 mars que « le jour d’après, quand nous aurons gagné, ne sera pas un retour au jour d’avant ». Il s’était engagé, le 13 avril, à « bâtir un autre projet dans la concorde » et à « se réinventer ». Las. En ce début juillet, on cherche en vain l’indice du virage écologiste et social imaginé par quelques éditorialistes amateurs de politique-fiction sur la foi de ces petites phrases.

Dans son entretien fleuve aux quotidiens régionaux, Emmanuel Macron s’obstine à rejeter toute augmentation d’impôt, notamment par le retour d’une taxe carbone. Il avoue une relative impuissance à empêcher les plans sociaux, mais entend « rompre avec […] la préférence pour le chômage », et donc revoir « le système très généreux » d’indemnisation de celui-ci. Inflexible sur sa réforme des retraites – « Il n’y aura pas d’abandon… » –, il insiste sur ses équilibres financiers et n’exclut pas un allongement de la durée de cotisations. Une question qui « demeure posée », comme celle des 35 heures : « Nous ne pouvons pas être un pays qui veut son indépendance, la reconquête sociale, économique et environnementale, et être un des pays où on travaille le moins tout au long de la vie en Europe. » Si ce prétendu « nouveau chemin » puis la composition du nouveau gouvernement dessinent une inflexion, c’est celle d’un pouvoir toujours plus personnel et enferré dans les canons du néolibéralisme.

Inconnu du grand public, Jean Castex, qui se revendique « gaulliste social », n’a fait illusion que quelques heures. Élu local comme Édouard Philippe, l’accent chantant en sus, ce haut fonctionnaire formé à l’ENA a surtout traité du social sous l’angle budgétaire quand il était à la Cour des comptes. Encarté chez Les Républicains jusqu’à ces derniers jours, il a initié au cabinet de Xavier Bertrand, ministre de la Santé puis du Travail, la très décriée tarification à l’activité (T2A) dans les hôpitaux et la réforme des retraites de 2010, avant d’occuper à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy le poste de secrétaire général de l’Élysée. Un élu local sarkozyste remplace donc un élu local juppéiste à Matignon.

Habitué aux fonctions de l’ombre (1), Jean Castex a confié sur TF1 ne pas être Premier ministre « pour chercher la lumière ». Le voudrait-il que Macron ne le permettrait pas. Le président de la République a placé deux de ses proches à Matignon aux fonctions de directeur et chef de cabinet. Il s’agit respectivement de Nicolas Revel, ancien secrétaire général adjoint à l’Élysée sous Hollande qu’il avait en vain tenté d’imposer à Édouard Philippe, et de Mathias Ott, son « conseiller des territoires et logement ». Pas question de laisser Castex prononcer son discours de politique générale cette semaine, comme il l’avait annoncé ; l’Élysée a vite fait savoir que celui-ci n’interviendrait qu’après l’intervention de Macron le 14 juillet, qui se réserve la primeur des annonces.

C’est encore Emmanuel Macron qui, à la veille de la nomination du gouvernement, rappelait sur Twitter la feuille de route de celui-ci. À la manœuvre de bout en bout, le chef de l’État s’est surtout livré à un jeu de chaises musicales. Sur les 31 ministres nommés (dont 14 ministres délégués contre 3 précédemment), 23 étaient déjà en fonction. Jean-Yves Le Drian, Jean-Michel Blanquer, Bruno Le Maire, Florence Parly, Olivier Véran et Frédéric Vidal ont conservé leur portefeuille, parfois élargi. Sortent en revanche Nicole Belloubet, Christophe Castaner, Muriel Penicaud, Didier Guillaume et Sibeth Ndiaye. Quatre d’entre eux venaient de la gauche, elles ne sont que deux parmi les huit nouveaux ministres : les députées Barbara Pompili et Brigitte Bourguignon, respectivement présidentes des commissions du développement durable et des affaires sociales. Surprise du chef, l’avocat pénaliste Éric Dupond-Moretti, pourfendeur des juges et ennemi déclaré de la transparence, devient garde des Sceaux. Les cinq autres ont des profils business, comme la présidente de Hewlett-Packard (HP) Afrique, Élisabeth Moreno (Égalité femmes-hommes, Diversité et Égalité des chances), la banquière Nadia Hai (Ville), ou le dirigeant patronal Alain Griset (PME), ou viennent de la droite. C’est le cas de Roselyne Bachelot (Culture) et de Brigitte Klinkert (Insertion), présidente du conseil départemental du Haut-Rhin. Ce département a bataillé depuis 2016 pour imposer aux bénéficiaires du RSA (revenu de solidarité active) des heures de bénévolat. Au gouvernement, elle sera chargée de la réforme des minimas sociaux. Quand Macron pronostique une « rentrée très dure », il sait de quoi il parle.

(1) Nommé en septembre 2017 délégué interministériel à l’organisation des JO de 2024, Jean Castex avait été chargé par Édouard Philippe début avril de coordonner le travail de réflexion du gouvernement sur les stratégies de sortie progressive du confinement.


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