Décès de David Graeber, penseur des « boulots à la con »

Avec la mort de David Graeber, c’est un esprit agile et vivifiant qui disparaît.

Patrick Piro  • 4 septembre 2020
Partager :
Décès de David Graeber, penseur des « boulots à la con »
Lors de l'occupation d'une université à Amsterdam en 2015.
© Guido van Nispen / Wikimedia Creative Commons

L’anthropologue et militant anarchiste David Graeber est décédé mercredi dernier à l’âge de 59 ans dans un hôpital de Venise. Esprit très agile et immensément cultivé, il a vivifié les courants de contestation citoyenne de la dernière décennie par ses écrits, qu’il qualifiait souvent de provocateurs – c’est-à-dire originaux et novateurs. Homme de terrain, adepte du collectif, David Graeber conçoit les idées sous l’angle de leur application pratique : sa grande popularité date de son implication dans le mouvement Occupy Wall Street (2011) contre les abus de la finance capitaliste. Avec Dette : 5 000 ans d’histoire (2011), il démonte le rôle de la dette (et l’obligation de la rembourser) dans les sociétés humaines. Bureaucratie, l’utopie des règles (2015) avance que le capitalisme a complexifié la relation avec les individus pour conforter les profits.

À lire > David Graeber, l’indigné qui s’attaque à la bureaucratie libérale

Bullshit Jobs (Boulot à la con, 2018) dénonce la fabrique d’emplois inutiles, voire nuisibles par la machine libérale, et interroge la sous-considération des métiers utiles – prémonitoire, avant l’épandémie de Covid-19. Il avait, entre autres, accompagné Nuit debout et le mouvement des gilets jaunes, _« l’émergence soudaine et la propagation fulgurante de politiques réellement démocratiques, voire insurrectionnelles ».

À voir > Vidéo des échanges entre David Graeber et Frédéric Lordon

Idées
Temps de lecture : 1 minute
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Giorgia Meloni a pris une place centrale dans l’internationale des nationalismes »
Entretien 8 avril 2026 abonné·es

« Giorgia Meloni a pris une place centrale dans l’internationale des nationalismes »

Nicola Fratoianni, le codirigeant d’Alleanza Verdi e Sinistra (Alliance des Verts et de la Gauche) se réjouit de la victoire du « non » au référendum sur la réforme de la justice voulue par le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni. Ce sursaut constitue pour lui un espoir pour le bloc progressiste.
Par Olivier Doubre
La misogynie comme stratégie politique
Analyse 8 avril 2026 abonné·es

La misogynie comme stratégie politique

Face à la progression des droits des femmes, l’hostilité à leur égard est devenue un levier électoral à activer, jouant sur les frustrations masculines. Décryptage d’un outil populiste qui oriente les manières de gouverner.
Par Juliette Heinzlef
Écrire « après » : une philosophie révolutionnaire
Idées 3 avril 2026 abonné·es

Écrire « après » : une philosophie révolutionnaire

Yuna Visentin retrace l’histoire des pensées juives pour affirmer leur force dans les luttes pour l’émancipation humaine et l’égalité. En premier lieu à l’égard du peuple palestinien.
Par Olivier Doubre
« La France est assez équipée pour accueillir les enfants retenus dans les camps en Syrie »
Entretien 1 avril 2026 abonné·es

« La France est assez équipée pour accueillir les enfants retenus dans les camps en Syrie »

Dans la bande dessinée En quête de liberté, coécrite avec la journaliste Gaële Joly, la jeune femme de 26 ans forcée à rejoindre Daech à 15 ans raconte son parcours. Un témoignage inédit qui souligne les impensés de la justice et de la politique française en matière de rapatriement des familles parties en Syrie.
Par Salomé Dionisi et Olivier Doubre