Écoles fermées faute de personnels : la délicate rentrée marseillaise

Depuis la rentrée, la Covid-19 frappe les écoles, et entraîne son lot de fermetures. À Marseille cependant, c'est un autre virus qui touche les établissements scolaires : le manque d'agents municipaux. Une pénurie qui a pour conséquence la fermeture quotidienne d'écoles, et que rien ne semble pour l'instant contenir.

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O n est prêts et puis ça va très bien se passer, y'a pas de raison. » Ça, c'est Sylvie, responsable restauration pour la Ville de Marseille qui le dit dans un clip promotionnel de la municipalité intitulé « Des agents au service des petits Marseillais ». Publiée le 31 août sur la chaîne YouTube de la Ville, la courte capsule vidéo entend montrer comment les agents de restauration s'adaptent à la crise sanitaire. « Dès que l'enfant sort, qu'il a terminé son repas, on redésinfecte tout pour que le suivant arrive et rentre dans de bonnes conditions », explique Sylvie. Un travail que l'on imagine colossal. Et lorsqu'il est mis en perspective avec l'état des écoles publiques marseillaises et le manque d'agents dont hérite la nouvelle municipalité de gauche, arrivée au printemps après 25 ans de système Gaudin (LR), l'optimisme de Sylvie ne semble plus si évident.

En effet, près d'un mois après qu'a sonné l'heure de la rentrée, on est loin de pouvoir affirmer que tout se passe pour le mieux à Marseille. « Entre dix et quinze écoles sont fermées chaque jour. Dans les quartiers Nord, c'était l'hécatombe la semaine dernière », déplore Virginie Akliouat, secrétaire générale du SNUipp 13. Ce lundi 28 septembre, encore « 17 écoles fermées », affirme de son côté Séverine Gilles, présidente du mouvement des parents d'élèves des Bouches-du-Rhône (MPE13). Ces chiffres, qu'ils proviennent des syndicats ou des parents d'élèves, sont en fait invérifiables. Sur son site internet, la mairie de Marseille assure communiquer au jour le jour le nombre d'écoles fermées, mais elle comptabilise uniquement les écoles qui ne peuvent plus accueillir d'élèves à cause de la Covid-19. Idem du côté de l'académie d'Aix-Marseille, où l'on se borne à indiquer que la semaine du 21 septembre, seul un établissement scolaire était fermé à Marseille, pour raison sanitaire.

« Les agents subissent une surcharge de travail »

Ce n'est pourtant pas uniquement la détection de cas covid qui ferment les écoles marseillaises, mais le manque d'agents de restauration, d'entretien ou d’accueil, d'Atsem... « On fait face à une pénurie de personnels », constate Caroline Chevé, secrétaire départementale FSU. La situation s'est considérablement dégradée avec la crise, et son protocole sanitaire à faire respecter dans tous les établissements. « Les agents subissent une surcharge de travail, de pression, et ça pèse, tant psychologiquement que physiquement », raconte Zaher Benrezkallah, agent de maintenance dans un collège, et syndiqué Sud Collectivités territoriales 13.

Samia Benchenane, Atsem depuis 13 ans, et membre du collectif Atsem 13 à la CGT, témoigne d'une « rentrée difficile » :

Il faut aérer les classes en plus de les ouvrir, désinfecter les salles, les toilettes, aider les enfants à se laver les mains, désinfecter ce qu'ils touchent... Avec des classes de 27 ou 32 enfants, vous imaginez ?

Non, le ménage ne fait pas parti des missions des Atsem sur le papier, mais faute de personnel, les agents se retrouvent bien souvent à effectuer l'entretien des locaux. Une situation qui ne date pas du covid, et concerne tout le pays. Le Printemps Marseillais, installé au pouvoir à l'issue des dernières municipales, a promis, entre autre, un Atsem par classe. « La nouvelle mairie vient d'arriver, alors on ne peut encore rien dire, juste attendre », tempère Samia Benchenane, qui veut y croire.

La mairie annonce des renforts

Face à une situation critique, le syndicat Solidaires a déposé un préavis de grève national pour tout le mois de septembre. Selon Pierre Huguet, adjoint en charge de l'éducation, agents grévistes ou mis en septaine par l'Agence régionale de santé expliquent le manque de personnel. Du côté de la MPE13, on conteste en évoquant des agents en congés ou formations, tandis que les syndicats mentionnent les arrêts maladies dus à la fatigue des personnels.

Pierre Huguet se veut quant à lui rassurant : « La plus grande campagne de recrutement depuis 20 ans a été lancée cet été pour renforcer les équipes : 348 nouveaux agents nous ont rejoints. » Il affirme, à rebours des constatations syndicales, que grâce à ces embauches massives, « nous sommes aujourd'hui en capacité ». L'élu évoque également le recours à des sociétés privées intervenant en renfort du personnel d'entretien. Le service presse de la mairie tente de relativiser la situation. Sur 470 écoles à Marseille, les fermetures ne concerne « que 2% » avance-t-on.

Trop peu de personnels pour respecter le protocole sanitaire

Entre la communication de la mairie et les revendications de la MPE13, le fossé se creuse. L'adjoint en charge de l'éducation, Pierre Huguet, a rencontré l'association de parents d'élèves pour la seconde fois vendredi 25 septembre. Il n'est pas parvenu à rassurer ses membres. « J'ai envie de pleurer, lâche Séverine Gilles, on voulait des réponses aux dysfonctionnements qu'on a constaté, on en a eu aucune. » La Ville affirme que faute d'agents, le protocole sanitaire de l'éducation nationale ne peut être respecté dans certaines écoles, contraignant ces dernières à fermer ponctuellement.

Le protocole en question, grandement allégé depuis la rentrée scolaire, impose un nettoyage des sols et des surfaces, « au minimum une fois par jour » et « après chaque service » en ce qui concerne les tables du réfectoire. « On ne comprend pas ce qu'il y a d'exceptionnel à nettoyer l'école une fois par jour », s'interroge cependant Séverine Gilles, tout en assurant être consciente de l'état de fatigue légitime des agents. « J’ai une responsabilité, je ne jouerai pas à la loterie avec la santé des Marseillais », assène quant à lui Pierre Huguet dans un communiqué.

Les fermetures qui touchent les écoles marseillaises sont généralement annoncées au dernier moment, et souvent pour une durée très limitée. Impossible dans ces conditions, de mettre en place un enseignement à distance. « On ne peut pas instaurer du distanciel pour une journée. On fait face à une rupture de scolarisation qui ne peut pas durer », s'inquiète Virginie Akliouat.

Pour l'instant, la situation ne semble pas en passe de s'améliorer. Difficile pour l'équipe du Printemps Marseillais de prendre le relais d'une municipalité qui a laissé les écoles de la ville dans un état catastrophique. Syndicats et parents d'élèves en ont conscience et ne s'attendent pas à des miracles. « Il faudra peut-être dix ans pour remonter la pente », reconnaît Séverine Gilles. Mais l'inquiétude à court terme, pour les parents comme pour les enseignants, c'est la scolarisation des enfants. Le confinement a déjà porté un coup à leur scolarité. À Marseille, la rentrée noircit encore le tableau pour certains.


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