La liberté d’informer attaquée

Le nouveau schéma national du maintien de l’ordre rendu public le 17 septembre veut encadrer les manifestants… et les journalistes.

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Le nouveau schéma national du maintien de l’ordre (SNMO) rendu public le 17 septembre par Gérald Darmanin veut encadrer les manifestants et les journalistes. Dans un communiqué commun, 39 sociétés de journalistes et de rédacteurs dénoncent « un feu vert accordé par le ministre de l’Intérieur aux forces de l’ordre pour empêcher les journalistes de rendre compte pleinement des manifestations ». La rédaction de Politis s’associe sans réserve à cette protestation.

Si le SNMO réaffirme le droit de manifester (ce qui est bien la moindre des choses), cette soi-disant nouvelle approche du maintien de l’ordre, qui conserve l’emploi des grenades et balles de défense, est bel et bien centrée sur la répression. Répression qui s’accommode mal de la liberté d’informer. Ce texte de 29 pages destiné à l’usage des policiers et des gendarmes affirme certes la nécessité d’« assurer une prise en compte optimale des journalistes » et « la nécessité de préserver [leur] intégrité physique sur le terrain », mais il restreint dans le même temps la qualité de journaliste aux seuls titulaires de la carte de presse alors que l’exercice de la profession, définie dans le code du travail, n’en nécessite pas la possession. Ceux-là pourront « porter des équipements de protection » et, à la condition expresse d’être « accrédités auprès des autorités », bénéficier d’un « canal d’échange dédié » avec les forces de l’ordre. Le pouvoir s’attribue ainsi la possibilité de choisir qui peut couvrir un événement dans l’espace public. Et aussi quelles informations sont dignes d’être rapportées : le texte rappelle en effet que « le délit constitué par le fait de se maintenir dans un attroupement après sommation ne comporte aucune exception, y compris au profit des journalistes ou de membres d’associations ». Par ce rappel, qui vaut autorisation d’interpellations, le ministre de l’Intérieur entend « empêcher les journalistes de rendre compte pleinement des manifestations, y compris de leurs dispersions ou de leurs dérapages », s’insurgent les sociétés de journalistes et de rédacteurs.

Macron et son clan ont décidément un problème avec la liberté d’informer. Depuis le début de son mandat, l’Élysée a verrouillé sa communication avec application, tenté (sans toujours y parvenir) de juguler l’information par de nouvelles lois et l’intimidation de rédactions et de journalistes. En 2020, la France perdait encore deux rangs dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Au 11e rang en 2002, elle est désormais au 34e. Un sacré bilan.


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