Dossier : Violences : une réalité très augmentée

L’entourloupe des chiffres de la violence

Une bonne part de la classe politique appelle à réagir contre une prétendue montée de la violence en France. Problème : rien dans les statistiques n’indique la véracité d’une telle tendance.

I_l n’y a pas d’explosion de la violence en France_ », affirme très clairement Renée Zauberman, directrice de recherche au CNRS, spécialiste des enquêtes de victimation, de la mesure du crime et du sentiment d’insécurité. « Mais cela ne veut pas dire que les incidents sur lesquels s’appuie le discours politique actuel ne sont pas graves. » Jeune femme traînée sur 800 mètres par une voiture à Lyon, agression mortelle d’un chauffeur de bus à Bayonne… Les faits divers particulièrement choquants s’empilent et émeuvent le pays au point de déclencher un débat sur la violence de la société française, qui connaîtrait une hausse sévère. « On peut tout à fait admettre que ces événements sont choquants mais on ne peut pas faire un diagnostic sur l’état d’une société à partir de faits divers : ça demande des analyses beaucoup plus approfondies. » Or force est de constater que les chiffres sont loin d’être alarmants.

Quels chiffres ?

Deux sortes de statistiques sont actuellement accessibles pour mesurer l’état de la délinquance, des agressions et, par conséquent, de la violence en France. Les chiffres recueillis par la police et la gendarmerie sont constitués des faits administratifs constatés soit directement par les agents, soit par dépôt de plainte des victimes. Mais on dispose aussi de l’étude annuelle supervisée par l’Insee dite de « victimation » – appelée « cadre de vie et sécurité » (CVS) –, pour laquelle le service public des statistiques interroge environ 15 000 personnes sur leur parcours des deux dernières années : ont-elles été victimes d’agression ? de violence ? laquelle ? etc. Ces deux types de statistiques comportent chacun des forces et des faiblesses et demeurent parcellaires. Leur combinaison permet aux chercheurs d’élaborer une analyse de la situation. Mais chaque changement de méthode ou un événement particulier – un attentat, par exemple – induit une variation importante et par conséquent de potentielles récupérations politiques.

Récemment, les variations des courbes de la délinquance en France (1) indiquent – sans surprise – un effondrement au moment du confinement et, par effet de boomerang, une remontée particulièrement brutale pendant l’été 2020. Avec des hausses de 70 % des « vols violents », jusqu’à 95 % pour les « vols non violents », de 33 % des « coups et blessures volontaires », etc. Le discours politique d’un été « Orange mécanique » – pour reprendre la métaphore de l’ancien ministre Xavier Bertrand – n’a pas grand-chose de réel, cette remontée, certes brutale, de la délinquance étant en réalité limitée au niveau qu’elle avait avant la crise sanitaire. Même les « coups et blessures volontaires » ainsi que les « violences sexuelles », que l’administration policière enregistre comme plus importants qu’avant le confinement, se replacent « dans le prolongement de leur tendance d’avant confinement » d’après les statistiques trimestrielles.

Il est toutefois exact que, dans ses chiffres annuels, la Place Beauvau constate une -augmentation de plusieurs éléments. D’abord, le nombre d’homicides : 845 en 2018 contre 825 en 2017, mais il y en a eu 892 en 2016… C’est surtout entre août 2019 et août 2020 qu’aurait été décelée une augmentation de 6 %, avec un total de 964 homicides. Ces chiffres dépendent en réalité des mois comptabilisés, d’autant que, pour le moment, aucun n’atteint encore celui des victimes de 2008 : 1 031. « Un chiffre donné par à-coups ne correspond pas à grand-chose : un coup ça monte, un coup ça descend, il n’y a pas de raison de s’attarder sur ces petits “hoquets”. En revanche, c’est plus facile d’en faire un usage rhétorique politique, admet Renée Zauberman. Il faut regarder la tendance sur le long terme : les homicides sont sur une ligne très stable. »

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