Christiane Taubira : « Ma liberté de parole »

À l’occasion de la sortie de son premier roman, Gran Balan, Christiane Taubira nous a accordé un entretien exclusif. Elle explique ici comment elle s’est emparée de la fiction pour traiter des conditions de vie en Guyane, de l’héritage colonial, du féminisme, de la justice…

Jean-Claude Renard  • 7 octobre 2020 abonné·es
Christiane Taubira : « Ma liberté de parole »
© Arnaud Meyer/LEEXTRA

Deux ou trois plateaux de télé, deux ou trois radios. Pas plus. À l’occasion de la sortie de Gran Balan, premier roman de l’ancienne ministre de la Justice, Christiane Taubira s’est peu exprimée. Elle le reconnaît : elle ne goûte guère, non pas les médias, mais l’exercice en soi des médias, qui consiste trop souvent à commenter la petite phrase d’un opposant politique, l’actualité nationale ou internationale, à juger un successeur Place Vendôme. Aujourd’hui, elle accorde à Politis son seul entretien à la presse écrite. En prenant son temps. Pour parler de son roman, de littérature et d’écriture. Une écriture qui résonne, on ne sera pas étonné, avec une personnalité, ses engagements, son caractère. Avec une foultitude de personnages aux trajectoires diverses, personnelles, inscrits dans le territoire de la Guyane, qui virent à l’universel. Une Guyane qui lui est chère.

Gran Balan est votre premier roman, après dix essais. Comment passe-t-on de l’essai à la fiction ? Et qu’est-ce qui a présidé à cette vaste fresque sur la Guyane ?

Christiane Taubira : J’avais d’abord l’idée d’une nouvelle, sur le même sujet. Mais j’écris toujours très vite, et d’une seule traite. Avec le confinement, je me suis retrouvée scotchée. Je me suis alors posée plus tranquillement sur le sujet, prenant le temps d’écrire, d’aller au fond des choses. J’ai aussi cette culture du roman, des romans qui m’ont enseigné la vie autant que les essais. Peut-être plus, parce que je les lis dans un autre état d’esprit. Parce que les bons romans, ceux qui ne se contentent pas de nous divertir, nous instruisent sur la vie, sur les individus, sur des existences qui se débattent, débarquées à un moment donné, sur une petite chose, un incident, prises au lasso, pour reprendre une expression de Frantz Fanon. Ce sont des romans qui nous enseignent la vraie

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Littérature
Temps de lecture : 18 minutes