Les profs, « héros » démunis

L’assassinat de Samuel Paty a mis en exergue des paradoxes. Les enseignants, désormais érigés en héros, s’inquiètent.

Des « fainéants » de la crise sanitaire, les enseignants sont désormais devenus les hussards noirs de la République, ces héros chargés de transmettre ses valeurs et de soigner ses maux. L’on propose même de les applaudir chaque soir comme l’ont été les soignants au printemps. Comme eux, les profs sont désormais tenus de partir « au combat républicain » et ce, malgré des salaires sous la moyenne des pays de l’OCDE, un manque de personnels, de moyens et des réformes massivement rejetées… « Je suis anéantie par cet événement qui traduit un échec énorme en plus d’une immense tragédie humaine, souffle une prof d’histoire-géographie d’un lycée de Mantes-la-Jolie (Yvelines). Mais on tire la sonnette d’alarme depuis des années sur nos conditions de travail et, d’un seul coup, on devient des héros parce qu’on meurt ! », s’étouffe-t-elle.

La prochaine réforme, celle qui concerne la formation, prévoit d’envoyer des « étudiant·es de première année de master, sans, a priori, aucune expérience d’enseignement, prendre la responsabilité de classes en cours d’année avec toutes les difficultés inhérentes », s’alarmait en février le SNES-FSU, premier syndicat du secondaire. « Certains trouvent effectivement un peu saumâtre de nous ériger en héros alors que l’école est abandonnée, confirme Frédérique Rolet, sa secrétaire générale. Il y a un paradoxe à encenser l’école et à la déshabiller : on perd toujours 2 400 postes, certains établissements n’ont pas d’infirmière ni de psychologue… Les enseignants sont seuls. » Pour Laurence De Cock, professeur d’histoire-géographie au lycée polyvalent de Paris, « l’image du “super-héros” est un piège : il nous fait croire que nous allons soigner les maux de la République, le racisme, l’antisémitisme, la radicalisation, etc. Certes, c’est flatteur, mais c’est irréalisable et ce qui se montre au grand jour en ce moment, c’est notre impuissance ».

Il reste 75% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.