« Il ne faut pas enterrer Trump trop vite »

Les réactions à l’élection de Joe Biden rappellent que Démocrates et Républicains pro-Trump ne vivent pas dans le même monde. Reportage à Philadelphie auprès des acharnés soutiens du vaincu.

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Dans son discours de victoire, samedi 7 novembre, dans le Delaware, Joe Biden a prôné l’unité et le rassemblement du peuple américain après les fractures de l’ère Trump. Sera-t-il entendu par les soutiens de son adversaire, qui n’a toujours pas reconnu sa défaite ? À Philadelphie, berceau de la Constitution américaine, les trumpistes rencontrés n’étaient pas prêts à sauter le pas. Venue avec une amie à Philadelphie pour demander la suspension du dépouillement dans le cadre du mouvement « Stop the Steal » (« Arrêtez le vol »), qui s’est répandu comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, Joanne Culler, une catholique, s’exclame :

Je ne reconnaîtrai jamais Joe Biden comme mon président. Les médias l’ont déclaré vainqueur, mais ils cherchent à démolir Trump depuis quatre ans !

Ces derniers jours, Philadelphie a été le théâtre de manifestations de pro- et anti-Trump quotidiennes. Les deux camps se retrouvaient aux abords du palais des congrès du centre-ville, où étaient dépouillés les bulletins de vote de la ville, la plus peuplée de Pennsylvanie. Les avocats de Donald Trump ont remis en question la transparence des opérations de dépouillement, accusant notamment les autorités locales de ne pas leur avoir permis d’observer le traitement des bulletins dans de bonnes conditions. Finalement, les votes par correspondance du comté de Philadelphie, qui correspond à la ville démocrate, ont permis à Joe Biden de s’imposer en Pennsylvanie, l’État de 20 grands électeurs qui lui a donné la victoire selon les projections des organes de presse. « Si Donald Trump perd, je serais triste, confie Daryl, qui n’a pas souhaité être identifié. Mais on n’en est pas là. Le combat ne fait que commencer. Donald Trump nous a appris à ne pas l’enterrer trop vite. »

Une base ultra dévouée

Ne pas reconnaître le président élu ? Cela ressemble bien à la situation post-électorale de 2016, quand l’Amérique de gauche était descendue dans la rue pour clamer son « rejet » de Donald Trump et dire haut et fort que le milliardaire n’était pas « son » président. Certains espéraient même que le collège électoral, l’instance chargée d’élire formellement le président en fonction du vote populaire dans le système indirect américain, se retournerait contre lui. La différence avec 2016 ? En quatre ans, Donald Trump a réussi à se créer une base très dévouée, prête à tout lui pardonner et à le suivre dans ses délires, y compris contester une élection. Comme l’a dit avant l’élection Steve Schmidt, cofondateur du Lincoln Project, un groupe de républicains anti-Trump, « 30 % de la population américaine votera pour lui quoi qu’il fasse. C’est moins que les 70 % qu’il reste, mais cela reste une partie importante de la population. Elle n’est pas gênée de vivre dans un culte de la personnalité ».

Dans ce contexte, les supporteurs les plus dévoués de Donald Trump n’accepteront probablement jamais Joe Biden comme leur président. Et le déroulement du scrutin, attaqué depuis des mois par Donald Trump et ses alliés, ne leur a pas donné de raisons de changer d’avis. Manipulés par de fausses vidéos de bulletins de vote brûlés et des « fake news » virales circulant dans les groupes de « Stop the Steal » (fermés pour certains par Facebook pour cause d’incitations à la violence), ils doutent du vote par correspondance, très utilisé par les Démocrates à cause du virus. Ils pensent aussi que des morts et des électeurs illégaux ont voté en masse dans les États pivots (« Swing States ») remportés par Joe Biden, et que des employés de bureaux de vote ont rempli des bulletins illégalement pour le candidat démocrate. Ils sont persuadés qu’un programme informatique défectueux, identifié dans un comté du Michigan, a fait basculer plusieurs États clés en faveur des Démocrates. Jenna, rencontrée devant le palais des congrès de Philadelphie lors d’une récente manifestation, pense même que la Chine a manipulé les votes par correspondance, qui ont représenté 64 millions de bulletins cette année, un record. Une accusation sans fondement. « Les Démocrates n’ont jamais accepté les résultats de l’élection de 2016. Ils ont dit que la Russie avait influé sur l’élection. Pourquoi ne voudraient-ils pas savoir si la Chine a manipulé le vote par correspondance ? »

« Nous nous battrons pour lui »

Pour Michael Reinbach, un autre trumpiste croisé à Philadelphie, il n’y a que la Cour suprême, dont la majorité des neuf juges est conservatrice, qui peut trancher l’élection. « Nous accepterons l’issue de l’élection que si la Cour suprême regarde les preuves avancées. Nous ne voulons aucune violence. Nous exigeons seulement de la transparence », affirme Michael. Problème : aucun juriste sérieux ne parie sur une nouvelle intervention de la haute cour, comme en 2000 au sujet du comptage en Floride, faute d’arguments assez convaincants de la part du camp Trump pour prouver que ces irrégularités ont suffi à changer le cours de l’élection. Un fait que les supporteurs de Donald Trump ne veulent pas voir et ne verront peut-être jamais dans leur bulle idéologique et sociale. « Trump s’est battu pour nous pendant quatre ans. Il a été attaqué tous les jours par les Démocrates et les médias et est quand même parvenu à obtenir 70 millions de voix, poursuit Michael. Nous nous battrons pour lui. »


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