L’école sévère avec Blanquer

De la maternelle au lycée, les profs dénoncent le mépris du ministre, des consignes peu claires et un manque de moyens.

Le lundi 2 novembre, l’heure de la rentrée a sonné pour les élèves de la maternelle jusqu’au lycée, non concernés par le nouveau confinement entré en vigueur quatre jours plus tôt. Une façon d’éviter de revenir à un système de cours à distance, qui avait été particulièrement chaotique au printemps. Néanmoins, regain épidémique oblige, cette nouvelle séquence de l’année scolaire s’accompagne d’un « protocole sanitaire renforcé » édicté par le ministère de l’Éducation nationale trois jours avant. Il vient consolider le précédent, qui avait été réduit à peau de chagrin au fil des semaines. Au point que le port du masque obligatoire pour les adultes et les enfants à partir de 11 ans constituait l’une des seules nouveautés de la rentrée 2020. Seulement voilà, deux mois plus tard, l’épidémie est en pleine explosion et les inquiétudes grandissent.

Le nouveau protocole introduit donc de nouvelles restrictions, parmi lesquelles le port du masque dès 6 ans et une limitation du brassage des élèves. Pas de quoi rassurer des profs excédé·es par la gestion de crise du gouvernement. « Le nouveau protocole annonce des mesures qui auraient dû être mises en place dès la rentrée », remarque Marie Dagnaud, secrétaire générale de la CGT Éduc’action du Finistère. Et le texte évite soigneusement de répondre à l’une des revendications premières des syndicats : le recrutement de personnels pour faire face à la crise. « Le gouvernement souhaite la limitation du brassage des élèves. Pour cela, il faut nous donner des moyens humains, donc recruter », constate un professeur de maths et physique de Nancy (Meurthe-et-Moselle). D’autant plus que l’aggravation de la pandémie en France risque de ne pas épargner le corps enseignant, comme le fait remarquer Kévin Dupleix, cosecrétaire départemental du SNUipp-FSU dans le Cher : « Avec la circulation active du virus, est-ce qu’on ne va pas manquer de personnels en face des élèves ? »

Pour cet enseignant en collège, le nouveau protocole n’a rien de « renforcé », notamment parce qu’il s’inscrit dans la continuité du « si possible » gouvernemental. Le « si possible », ou cet « en même temps » qui avait conduit le ministre Jean-Michel Blanquer à faire en juin dernier une déclaration qui restera dans les annales : « On essaye de faire respecter un mètre [de distance entre les élèves]. Mais dans certaines classes, lorsque nous recevrons tous les élèves, parfois on sera obligé d’avoir un peu moins d’un mètre, donc c’est possible d’avoir un peu moins d’un mètre. »

Entre colère et lassitude

En fin de compte, depuis le déconfinement du 11 mai et la réouverture progressive des établissements scolaires, chaque équipe pédagogique adapte les consignes gouvernementales selon les moyens à sa disposition. Ce qui donne lieu à des situations comme celle de cette enseignante de CP drômoise : « En ce qui concerne la distanciation, je ne peux pas déplacer les bureaux de ma salle parce qu’ils sont fixés au sol. Donc mes élèves sont au coude-à-coude. »

Pour éviter cette trop grande proximité, qui s’observe en classe mais aussi, et de manière peut-être encore plus fragrante, à la cantine, les syndicats exigent depuis des mois que des consignes claires soient données.

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