Jeunes communistes : La fougue de leurs cent ans

Depuis sa fondation en novembre 1920, le Mouvement jeunes communistes de France a vécu plusieurs évolutions, mais conserve intact son socle idéologique… et des rapports complexes avec la maison mère.

Pulls noirs, vestes noires, regards noirs. Sur les photos sans couleur, les visages des jeunes communistes fixent sévèrement l’objectif. En 1920, c’est dans une époque marquée par l’après-guerre et la révolution russe que naît la Fédération des jeunes communistes de France, dont subsistent quelques clichés, et qui deviendra dans les années 1950 le Mouvement de la jeunesse communiste de France (MJCF). Puis viendra le temps du Front populaire, de Mai 68, la fin de l’URSS… Un siècle durant, le mouvement évoluera au fil des événements historiques et à mesure que se redéfinit la place des jeunes au sein de la société. De nos jours encore, la « JC » reste l’une des principales organisations politiques de jeunesse, engagée au sein des mobilisations actuelles. Si sur les selfies d’aujourd’hui les mines sont moins graves, le mouvement traverse pourtant une nouvelle période de turbulences, qui résonne avec ses crises passées.

Dès le début, le MJCF naît d’une rupture. Poussée par les succès des bolcheviks et la participation des socialistes au gouvernement d’Union sacrée, une importante majorité des « jeunes socialistes » vote pour adhérer à la IIIe Internationale et devenir progressivement « jeunes communistes ». À l’époque, l’organisation ne pèse pas lourd, à peine quelques milliers de militant·es, venant principalement du milieu étudiant. En 1936, le Front populaire, période faste pour toute la gauche, bénéficiera aussi à la structure. Elle attire plus de 50 000 jeunes, dont une grande part issue de la classe ouvrière. En dehors des périodes de mobilisation, la JC assume alors pleinement son rôle d’organisation de masse : les jeunes communistes organisent des activités ludiques, comme des bals populaires ou des randonnées. « Pour le mouvement, c’est une voie de politisation importante », explique l’historien Guillaume Roubaud-Quashie. «La JC offre à l’époque un espace ou les jeunes de milieux populaires peuvent se retrouver, dans un monde où le poids de l’autorité parentale est encore très fort. C’est aussi un espace de formation, où l’on étudie l’histoire, la sociologie ou les relations internationales. »

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