La fonte des grands glaciers s’accélère

Les glaciologues désarmés face à une catastrophe qui libère dans les mers des milliards de tonnes de glace entraînant une élévation très inquiétante du niveau des océans.

Claude-Marie Vadrot  • 6 décembre 2020
Partager :
La fonte des grands glaciers s’accélère
© Photo : Le glacier Apusiajik, située sur l'île de Sermersooq, sur la rive sud-est du Groenland (Jonathan NACKSTRAND / AFP).

Les glaciologues et tous les observateurs du climat s’inquiètent de la nouvelle accélération de la fonte des glaciers dans le monde entier. Car celle-ci, outre qu’elle est un indicateur important du réchauffement climatique global, participe, beaucoup plus que la fonte de la banquise, à l’élévation du niveau des océans. L’eau accumulée dans les glaciers terrestres résulte des chutes de neige accumulées pendant des siècles, voire des millénaires. Ce phénomène concerne d’abord, expliquent les spécialistes, l’énorme glacier qui recouvre le Groenland, d’une épaisseur moyenne de 2,3 km, pouvant atteindre jusqu’à 3 km. Les spécialistes annoncent les pertes suivantes : le glacier Jakobshavn Isbræ a perdu 1.500 milliards de tonnes de glace depuis le début de l’ère industrielle, entre 1880 et 2012 plus précisément ; pour le Kangerlussuaq, la perte est de 1.381 milliards de tonnes et pour le Helheim, plus petit, elle est 31 milliards de tonnes entre 1900 et 2012. Pour les trois cumulés, les glaciologues et la Nasa expliquent que cela représente une élévation de 8 mm du niveau des mers et des océans du globe.

Le scénario le plus pessimiste envisagé par le Giec évoque la possibilité que, comme les régions froides (au Sud comme au Nord) se réchauffent plus vite, la fonte sera trois ou quatre fois supérieure aux prévisions et que cette fonte s’accélère également rapidement dans le continent Antarctique, où des records de température (20°C) ont déjà été atteints. Ils craignent que, si les émissions de gaz à ne sont pas drastiquement réduites, le Groenland perde encore 36.000 milliards de tonnes de glace d’ici à l’année 2100. D’autant plus que des « rivières » souterraines se forment sous les glaciers, les rongeant à leur base. Ce phénomène de réduction des glaciers du Groenland concerne tous les amas de glaces du monde qui reposent sur les montagnes.

Andes, Himalaya, Alpes, Caucase, Kilimandjaro

Le phénomène est le même, parfois encore plus rapide, dans la majorité des glaciers de la cordillère des Andes, en Amérique latine, et ceux de l’Himalaya, qui sont les plus hauts de la Terre. Mêmes remarques pour les nombreux glaciers des hautes montagnes du Caucase et bien entendu du massif alpin. Le meilleur exemple, et le plus visible, étant la mer de Glace qui, tout en perdant de l’épaisseur, recule d’au moins une dizaine de mètres chaque année. Autre disparition en phase finale : les neiges du Kilimandjaro. Les experts du Giec estiment que l’addition de toutes les fontes en cours implique une montée du niveau des mers entre 30 et 110 cm d’ici à la fin du siècle, en fonction des niveaux d’émission des gaz à effet de serre.

Les causes de la disparition des glaciers sont multiples mais toutes liées au désordre climatique. D’abord, il y a l’augmentation des températures moyennes. Ensuite, les glaciers sont formés par l’accumulation (séculaire ou millénaire) des chutes de neige, lesquelles ne compensent plus les fontes annuelles de glace. D’autre part, ils sont « salis » par les poussières et ne sont plus vraiment blancs. Ce qui accélère leur fonte, car leur « nouvelle » couleur ne les met plus à l’abri du soleil, puisque c’est la couleur blanche qui les protège en renvoyant une partie du rayonnement solaire. Si, sur les pentes alpestres, les stations de sports d’hiver tentent de limiter les dégâts en protégeant les glaciers avec des bâches sombres, cette méthode ne peut guère être appliquée ailleurs.

Écologie
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Refuser de se positionner publiquement, c’est se ranger du côté des pires destructeurs du vivant »
Luttes environnementales 29 mai 2026

« Refuser de se positionner publiquement, c’est se ranger du côté des pires destructeurs du vivant »

La militante écologiste Lucie Pinson, fondatrice de l’ONG Reclaim Finance et Prix Goldman pour l’environnement en 2020, lutte auprès des milieux financiers pour les forcer à abandonner les investissements polluants. Pour elle, « il n’y a pas de fatalité, on décide aujourd’hui du monde de demain ».
Par Martin Eteve
« Le béton ciment est un matériau pilier du système capitaliste »
Entretien 20 mai 2026 abonné·es

« Le béton ciment est un matériau pilier du système capitaliste »

Pour l’architecte et militante écologiste Léa Hobson, l’intersectionnalité des luttes est la seule voie pour s’opposer aux impacts majeurs de la bétonisation sur les populations, les espèces et la terre.
Par Vanina Delmas
Les mouvements citoyens ne lézardent pas face aux bétonneurs
Analyse 20 mai 2026 abonné·es

Les mouvements citoyens ne lézardent pas face aux bétonneurs

Derrière de nombreux projets responsables de l’artificialisation des sols, il y a la filière du béton, puissante et omniprésente. Malgré les risques de répression, les citoyen·nes continuent de se mobiliser pour préserver les terres agricoles et naturelles.
Par Vanina Delmas
Le vent se lève contre les ravages écologiques des data centers
Reportage 20 mai 2026

Le vent se lève contre les ravages écologiques des data centers

Un projet de construction du plus grand centre de données d’Europe, Campus IA, menace 70 hectares de terres agricoles à Fouju (Seine-et-Marne), une commune de 650 habitants. Comme ailleurs en France, des résistances citoyennes font face aux périls pour le vivant que représente l’arrivée de ces infrastructures.
Par Martin Eteve