La France des (vrais) assistés

Ils ne tolèrent pas qu’on verse quelques euros à une chômeuse mais trouvent normal que l’État distribue des centaines de millions à un industriel.

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Ça fait trente ans que ça dure : trente ans que la presse mainstream publie régulièrement de virulentes diatribes dénonçant ce qu’elle appelle « la culture de l’assistanat ». C’est-à-dire : les (toujours plus) chiches allocations que l’État, en même temps qu’il nantit les riches de (toujours plus de) larges subsides, octroie encore aux pauvres.

L’hebdomadaire Le Point, perfusé aux aides publiques à la presse, s’est de longue date fait une spécialité de ces forgeries : Politis a naguère démontré, avec le renfort d’ATD Quart Monde, que ce magazine s’était par exemple appuyé en 2013, pour confectionner un dossier fustigeant la « fabrique des assistés », sur « des données en partie fausses, rarement sourcées et compilées au profit d’une thèse ultralibérale ».

Lire > Les mensonges du Point sur « la France des assistés »

Le Figaro, propriété du groupe Dassault – qui a quant à lui été gavé au fil des décennies (1) de dizaines de milliards d’euros d’aides publiques –, est lui aussi très en pointe dans cette dénonciation frénétique de « la France des assistés » : feu Serge Dassault se plaisait ainsi à exiger, dans les vœux qu’il adressait chaque Premier de l’an aux lecteurs et lectrices de ce journal (2), que l’État « réduise le déficit budgétaire » en « supprimant » notamment « toutes les aides à l’emploi ».

Et la semaine dernière, comme on sait, Lagardère, autre groupe bien connu, a obtenu un prêt garanti par ce même État d’un montant de 465 millions d’euros. Soit, tout de même, en matière d’« assistanat », un cadeau autrement plus coûteux que les minima sociaux contre lesquels ces dignes publications s’emportent régulièrement (3).

Question : les gens du Figaro et du Point ont-ils poussé de longs hurlements de rage ? Réponse : bien sûr que non. Loin de se scandaliser de cette extraordinaire libéralité (consentie par surcroît dans un moment où l’économie hexagonale est très sérieusement bousculée par la pandémie que l’on sait), ces rigoureux professionnels ont au contraire salué, dans une émouvante unanimité, l’octroi d’un prêt, qui va, ont-ils expliqué, aider Lagardère à surmonter les « difficultés de trésorerie » nées d’un « recul de 38 % » de son « chiffre d’affaires » – qui n’est plus que de « 1,2 milliard d’euros », le pauvre. Car, en somme, ces mêmes procureurs qui ne tolèrent pas qu’on verse par exemple (et après l’avoir bien sûr soumise à des contrôles vexatoires) quelques euros à une chômeuse pour l’aider à boucler ses fins de mois trouvent en revanche tout à fait normal que l’État, pour le sortir d’une situation « délicate », distribue des centaines de millions à un industriel véritablement vautré, lui, dans l’assistanat – sans guillemets.

Bonne année quand même.

(1) Mais sans que jamais nous soyons consulté·es sur l’emploi qui est ainsi fait de l’argent de nos impôts.

(2) Et en même temps donc qu’il encaissait de gigantesques subventions publiques.

(3) Sans parler du fait que ce nantissement va contre toutes les règles concurrentielles qu’elles défendent ordinairement.


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