Les musulmans priés de faire « allégeance »

Les représentants de l’islam de France sont sommés de signer une charte les engageant à renoncer à toute critique institutionnelle, notamment sur un « racisme d’État », entre menaces et injonctions contradictoires.

F in 2020, une coalition de 36 ONG du monde entier a déposé une plainte contre la République française devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Toutes dénoncent un racisme institutionnalisé contre les musulmans en France. Parmi elles, des ONG musulmanes ralliées par d’autres qui s’inscrivent dans le mouvement décolonial comme les Bruxelles Panthères ou la Fondation Frantz-Fanon, dirigée par la fille de cette figure majeure de l’anticolonialisme. Après l’appel au boycott des produits français dans une partie du monde musulman l’été dernier, la France est donc désormais l’objet d’une plainte en bonne et due forme. Pour autant, on ne sait pas pour le moment quelles suites seront données.

Reprenant les derniers événements notables dans l’Hexagone – comme la série de perquisitions déclenchées au lendemain du meurtre de Samuel Paty, sans rapport direct avec l’enquête et que le ministre de l’Intérieur avait justifiées par l’objectif de faire « passer un message », ou encore les fermetures administratives d’associations comme le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) , les ONG accusent l’État français d’exploiter la mort de l’enseignant « à des fins racistes et islamophobes ». Pour elles, l’attitude du gouvernement français a même « conduit les communautés musulmanes à devenir la cible d’une hostilité accrue, de l’islamophobie et d’une plus grande violence ». Or c’est exactement ce que la charte des principes pour l’islam de France impose aux imams de nier. Une bataille idéologique est en cours.

Signée le 19 janvier à l’Élysée par une partie des fédérations musulmanes qui composent le Conseil français du culte musulman (CFCM), cette charte doit déboucher sur la constitution d’un Conseil national des imams censé « labelliser » les religieux exerçant en France. Dans son article 9, on y découvre cette mention : « Les dénonciations d’un prétendu racisme d’État, comme toutes les postures victimaires, relèvent de la diffamation. » Des termes qui rappellent curieusement la plainte pour diffamation déposée par Jean-Michel Blanquer contre le syndicat SUD 93 en 2017, à l’occasion d’un stage qui proposait « l’analyse du racisme d’État dans la société et en particulier dans l’Éducation nationale ». La plainte fut classée sans suite par le parquet de Bobigny en 2018. « L’évocation du “racisme d’État” dans cette charte n’est pas anecdotique, sur l’intention politique sous-jacente, alors que nous avons des données scientifiques solides qui démontrent bien les mécanismes institutionnels qui produisent du racisme, analyse Fabrice Dhume, sociologue spécialiste des phénomènes de discrimination. _Empêcher les musulmans de critiquer l’État, c’est extrêmement problématique : ça tend vers une criminalisation des opinions. »

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