Lyonel Trouillot : « C’est par Haïti que je vois le monde »
Dans son nouveau roman, Antoine des Gommiers, Lyonel Trouillot met en scène deux frères dans un quartier défavorisé de Port-au-Prince. Une belle occasion pour l’interroger sur les relations familiales en milieu populaire, l’écriture et la situation dans son pays.
Article paru
dans l’hebdo N° 1637 Acheter ce numéro
dans l’hebdo N° 1637 Acheter ce numéro

Lyonel Trouillot vit depuis toujours à Port-au-Prince, près des habitants des quartiers pauvres qui peuplent ses livres, comme les deux frères Ti Tony et Franky d’Antoine des Gommiers. Un roman à la langue enchanteresse, on ne peut plus vivante, qui est aussi un hymne à la croyance dans la fiction et à la nécessité des légendes populaires.Le lien indissociable entre Franky et Ti Tony pourrait-il exister en dehors de la famille ?Lyonel Trouillot : Il peut aussi concerner deux amis très proches. Mais la solidarité avec les autres humains est mise à mal par la pauvreté et par le sectarisme religieux des Églises évangéliques, qui envahit les milieux populaires urbains. Ces liens du cercle familial, qui ne fonctionnent pas forcément entre parents et enfants, c’est tout ce qui reste dans les milieux populaires. Cependant, de petits réseaux de solidarité persistent. Par exemple, l’ami de Ti Tony, Danilo, va aider ce « bon à rien », selon lui, de Franky. Les gens sont dans l’obligation de tisser ce type de liens pour survivre. Ils gardent cette capacité d’être là pour quelqu’un et espèrent que quelqu’un sera là pour eux. Je voulais exposer à la fois cette difficulté et cette -nécessité.« Des hommes qui viennent baiser et puis s’en vont. C’est ça un père », dit Ti Tony. C’est sans exception ?Il y a très peu d’exceptions. Cette absence du père dans les milieux défavorisés revient sans cesse au cours des ateliers d’écriture que je mène. Quand le père est présent, il exerce une tyrannie sur sa compagne et ses enfants, ses filles en particulier. Les pères sont dominés par l’idéologie conservatrice, surtout s’ils se sont convertis aux sectes évangéliques. Avec les garçons, les relations tournent vite au conflit, car ceux-ci sont déjà dans la débrouillardise. Un père souvent absent qui vient leur donner des ordres est très mal reçu.La mère de Franky et de Ti Tony prétend avoir pour aïeul le devin Antoine des
Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :
Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
Temps de lecture : 12 minutes
Pour aller plus loin…

Littérature • 30 octobre 2026 abonné·es
« Rien d’humain ne m’est étranger », le meilleur comme le pire
Dans ce récit historique, Virginie Ollagnier donne à voir la manière dont l’idéologie peut transformer les hommes au point de les rendre capables de toutes les cruautés, sans éluder la résistance par la bonté.
Par Lola Dubois-Carmes

BD • 16 octobre 2026 abonné·es
« Le Piège de Sainte-Soline », mégaboucherie policière
Trois ans et demi après la manifestation contre les mégabassines à Sainte-Soline et ses plus de 200 blessé·es causé·es par des tirs policiers, le dessinateur Stéphane Pichot a réuni de nombreux témoignages de manifestant·es traumatisé·es.
Par Marius Jouanny

Littérature • 9 octobre 2026 abonné·es
« Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? », sur l’écran noir du souvenir
Dans ce roman conçu comme un polar psychologique, Lucie Rico explore les ressorts de la mémoire traumatique.
Par Lola Dubois-Carmes

Littérature • 11 septembre 2026 abonné·es
« Darya & Dounya », renouer avec son ado intérieure
Dans ce roman, Diaty Diallo met en scène le dialogue intérieur d’une trentenaire sommée de recommencer sa vie amoureuse et professionnelle à zéro.
Par Lola Dubois-Carmes
Best of
Les plus lus
1 « Nous savions que les mots de la haine finiraient par tuer de nouveau » 2 « 20 h » de France 2 : 11 minutes d’affrontements et soudain… Jean-Luc Mélenchon 3 Après la victoire de Glucksmann, les ralliements à Mélenchon se multiplient 4 Info Politis : à Mulhouse, une jeune de 17 ans perd la vision d’un œil après un tir de grenade lacrymogène, l’IGPN saisie






