Réfugiés afghans : Ces ombres dans le froid

Ils sont afghans, ont fui les talibans, sont demandeurs d’asile, mais condamnés à vivre dans l’ultraprécarité et harcelés quotidiennement par la police. Reportage en banlieue parisienne.

Rendez-vous est fixé ce jeudi 7 janvier à 19 heures devant le cinéma UGC Ciné Cité, face à la station de tramway Rosa-Parks, dans le XIXe arrondissement de Paris. Depuis que le confinement a eu raison des cinémas, l’association d’aide aux migrants Utopia 56 donne temporairement rendez-vous ici aux familles et aux femmes seules. D’après les militants, le groupe UGC n’a pas apprécié : il a éteint les lumières extérieures. Ne pas éclairer pour surtout ne pas voir.

C’est aussi là que Reza Jafari vient chercher quelques sandwichs avant d’entamer sa ronde. « Je travaille avec Utopia 56, qui nous permet d’accéder à son entrepôt pour stocker les dons, complète ce dont nous avons besoin en nourriture, tentes, couvertures, etc., et fait des maraudes avec nous », explique Reza Jafari, bientôt rejoint par Amil, un jeune Afghan, qui tient absolument à demander à Reza comment il pourrait bien entrer dans la Légion étrangère. Il a beaucoup à apporter à ce pays, dit-il. Il ne veut plus être un « dubliné », sous-entendant qu’il a fait une sorte d’allégeance à un autre pays européen dont il s’est enfui et que pour ça il est puni. Lui veut rester, quitte à défendre, par sa vie, un pays qui ne veut pas de lui. Reza est assez cash : « Vu ta situation, c’est extrêmement difficile. » Amil est déçu. Il rêve d’être accepté. Un rêve commun à ces ombres qui déambulent devant le camion d’Utopia. Ici se côtoient et se croisent les histoires et les devenirs. Multiples. Incertains. Mais avec une similitude de taille : l’immense précarité générée par le refus de notre pays de les reconnaître et de les accueillir.

Minimum vital

Ce soir, il fait 3 °C. Le froid cisaille les doigts de pied et les mains. Hamid s’approche. Il est hébergé dans un gymnase non loin de là et vient voir Reza pour lui parler de ses amis restés sous un pont. Ce sont eux que nous allons voir en premier. À Aubervilliers, trois cents mètres au-delà de la frontière parisienne_, dans cette zone coincée entre l’avancée de la capitale et le passé industriel de l’ancienne banlieue ouvrière, un groupe de jeunes hommes tient le mur. Jeans, baskets, gros manteaux, capuches vissées sur les têtes et masques sur le nez. Dans la nuit tombante,_ ils sont les fantômes des rues franciliennes. Aucun d’entre eux ne connaissait la France. Trois arrivent tout juste. Deux autres sont là depuis quelques mois déjà. Le plus âgé a 24 ans. Il s’appelle Farzat. Emmitouflé dans un trois-quarts vert kaki, quelque chose pèse sur son regard. Quelque chose de différent. Difficile à déchiffrer. Les autres sourient et discutent avec Reza.

Par le bouche-à-oreille, le réseau de solidarité qui s’est créé entre ces réfugiés afghans leur permet de faire connaître leurs besoins. Ils s’appellent les uns les autres et ça finit systématiquement par arriver aux oreilles de Reza, qui essaie tant bien que mal de combler les trous de la raquette étatique.

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