Dossier : Un an de pandémie : Le blues des soignants

À l'hôpital, de l’anormal au banal

Face à l’épidémie qui dure, les hôpitaux se sont installés dans un quotidien lancinant qui pèse sur les soignant·es. reportage dans un établissement d’Île-de-France.

Magali*, infirmière aux urgences, se raconte sans lâcher l’écran des admissions du regard. Un sourire généreux derrière le masque, son bonnet de protection vissé sur le crâne, elle retrace une année de pandémie qui lui semble encore presque irréelle : il y a eu le temps de la mobilisation générale, le contrecoup, une nouvelle routine qui s’installe et, au bout du compte, une fatigue tenace qui devient de plus en plus difficile à endurer.

La « salle d’attente couchée » des urgences, où les patient·es attendent sur des brancards d’être pris·es en charge, est encore vide ce matin-là. « Aux urgences, c’est tout ou rien », souffle Magali. Une semaine plus tôt, il a fallu déclencher une réunion de crise afin de débloquer des lits pour les patient·es contraint·es de passer la nuit dans cette salle d’attente. Une situation qui n’a rien d’exceptionnel dans ce gigantesque hôpital de la région parisienne, où un groupe de syndicalistes a accepté de nous organiser une visite discrète (1). « Nous sommes habitués à travailler dans des conditions tendues, mais c’est un facteur d’anxiété supplémentaire, nous avons peur de mal faire notre travail », confesse Magali.

L’infirmière aborde néanmoins l’hypothèse d’une troisième vague sans angoisse particulière. Certes, à l’échelle nationale, les hôpitaux ont été priés de se préparer à un passage en « plan blanc » de niveau 2, qui permet aux responsables d’établissement d’annuler les congés et de réquisitionner le personnel. Les opérations non urgentes commencent à être déprogrammées pour dégager de la place. Mais la pandémie est désormais répartie sur l’ensemble du territoire – alors que la première vague a surtout sévi en Île-de-France et dans le Grand Est – et tous les hôpitaux peuvent accueillir des malades atteints par le coronavirus. La situation n’a donc rien de comparable avec celle qu’a connue en mars 2020 cet hôpital, choisi pour accueillir tous les cas Covid de son département. Le nombre de lits de réanimation avait plus que triplé et sept services avaient été entièrement dévolus à cette infection encore méconnue, pour un total de 320 lits d’hospitalisation. Le personnel soignant a dû faire face alors à des pathologies associées qu’il n’avait pas l’habitude d’affronter.

Aujourd’hui, une seule des quatre unités de réanimation est réservée aux cas de Covid-19 les plus sévères, calfeutrée derrière une bâche en plastique scotchée à l’entrée du couloir. Les autres malades du Covid-19 hospitalisé·es, une centaine environ, sont traité·es comme des patient·es presque ordinaires et dispersé·es dans les différents services en fonction des pathologies développées. L’hôpital tourne donc normalement, hormis le fastidieux rituel d’habillage et de déshabillage que les équipes soignantes doivent respecter à chaque fois qu’elles pénètrent dans une chambre Covid.

Rétrospectivement, les soignant·es gardent un souvenir contrasté de la première vague.

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