Dossier : Inceste : Entendre et agir enfin !

« Il faut savoir interroger les enfants »

Le psychiatre Gérard Lopez rend compte des mécanismes d’un fléau accroché au tabou, lié au poids de la famille mais aussi aux faiblesses et aux ambiguïtés administratives et médicales.

Un long silence qui frappe les victimes, l’omerta familiale, le sentiment de honte, le familialisme, le rôle de l’État, des institutions, de l’Éducation nationale, des facultés de médecine. Gérard Lopez, médecin psychiatre, fondateur de l’Institut de victimologie et administrateur de l’association Face à l’inceste, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet (1), rend compte d’un noir tableau et des chantiers à entreprendre.

D’Éva Thomas à Camille Kouchner, comment expliquez-vous que la libération de la parole semble passer par le récit ?

Gérard Lopez : Des romans ou des récits, il en existe des centaines. Le récit qui compte ne vient jamais que d’une personne susceptible de faire du buzz. C’est, par exemple aujourd’hui, le cas de Camille Kouchner, la fille d’un ancien ministre de la Santé. D’Éva Thomas à aujourd’hui, ce qui a changé, c’est le rôle des réseaux sociaux, c’est l’apport des féministes, c’est le mouvement #MeToo. La société a changé son regard. Mais je crains un effet de « mode ». On en revient à la formule de Victor Hugo : ce que la mode apporte, la mode le remporte.

Dans la plupart des cas, comment rendre compte d’un si long silence ? Où commence l’omerta ? Certains événements facilitent-ils la parole ?

Les enfants aiment l’agresseur, ils craignent de ne pas être crus, ils se sentent coupables de ce qui s’est passé. Ils ont peur de briser la famille. Ils ont honte. Et ils se confrontent au déni. Les enfants parlent plus souvent qu’on ne le pense, mais on ne les croit pas. Papy ?! C’est pas possible ! Voilà ce qui se dit en famille. Sans parler de la référence au complexe d’Œdipe, totalement inadaptée en cas de violences sexuelles réelles. Résultat, les enfants finissent par se taire. Passer pour un menteur, ce n’est jamais très agréable. Qui se souvient, qui sait que les douze enfants d’Outreau ont tous été reconnus victimes ? C’est assez emblématique de la façon dont est prise en compte la parole des enfants. Si on interroge le grand public, beaucoup répondront que la plupart des gamins avaient menti. Et cela date ! La parole des enfants n’est jamais crédible. Or il faut savoir interroger les enfants. Et les adultes aussi !

Comment alors expliquer ce sentiment de honte chez la victime ?

Il faut penser à ce petit garçon qui est tripoté par son père, son grand-père ou son oncle. L’enfant saisit très bien qu’il y a quelque chose qui n’est pas normal. Mais il est sous emprise et le poids du secret. Il ne veut pas qu’on le prenne pour un homosexuel. Et il y a ce poids de la cohésion familiale. Le familialisme, c’est l’ennemi numéro un de toutes les violences familiales, dont l’inceste. Il suffit de remettre la famille en cause pour que trois millions de Français défilent dans la rue. Il faut se rappeler la Manif pour tous, selon qui on attaquait la famille traditionnelle, alors qu’on ne lui retirait aucun droit.

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