Jeunes exilés : les « justes » contre l’État

Partout sur le territoire, des bras de fer se mènent autour du traitement administratif subi par les jeunes exilés. Les associations s’organisent pour tenir tête aux départements et à l’État.

V ous n’êtes pas autorisée à entrer. » Ce lundi 15 février au matin, les policiers qui gardent la préfecture du Puy-en-Velay bombent le torse devant Véronique de Marconnay. Cette mère de famille accueille Madama Diawara, jeune Malien que le préfet de la Haute-Loire, Éric Étienne, menace d’expulser. Ses mains tremblent. Sa colère est indicible. Elle ne comprend pas pourquoi elle doit laisser Madama, qu’elle héberge depuis deux ans, entrer sans elle alors qu’on lui avait assuré quelques jours plus tôt qu’elle pourrait l’assister. Véronique ne le sait pas encore mais la préfecture vient de se fendre d’un communiqué de presse exigeant des excuses de sa part pour des propos jugés « indignes et révoltants à l’endroit de l’État et de ses représentants ». Une réaction épidermique qui ressuscite le crime de lèse-majesté et révèle l’état de la tension autour de la question des jeunes exilés.

Quelques jours plus tôt, Véronique de Marconnay a donné une interview à France Bleu. Un exercice qu’elle répète depuis une quinzaine de jours. Depuis que le jeune Madama, apprenti agriculteur, est devenu majeur et qu’il s’est vu refuser sa carte de séjour et menacer d’expulsion. Depuis qu’elle et son compagnon, Éric Durupt, organisent la mobilisation. Depuis que ce dernier est entré en grève de la faim.

Au cours de cet entretien, l’enseignante dénonce l’hypocrisie du préfet qui préparait une visite à Chambon-sur-Lignon, un « village des justes » : « Il va sûrement y avoir un beau discours, émouvant, par rapport à la solidarité, la générosité, les cœurs ouverts, les gens qui prennent des risques pour en défendre d’autres », prédit-elle. « Un rappel de mémoire par rapport à des événements douloureux de l’histoire, où des enfants en particulier étaient persécutés en raison de leur origine ou religion. Les gens les accueillaient, disaient leur désaccord avec les positions qui étaient celles de l’administration et des autorités. Vous ne voyez pas des similitudes ? » Cette question déclenche l’ire du préfet qui juge ce parallèle « ignoble » alors que, de son côté, Éric Durupt parle sans détour du « racisme de l’État » dans le traitement fait à Madama. La préfecture s’indigne d’autant plus. « On ne peut pas tout dire, on ne peut pas laisser tout dire », s’agace le préfet Éric Étienne dans la presse.

Mais au lieu d’ouvrir le dialogue et de faire baisser la tension, le représentant de l’État montre les muscles de manière assez puérile. Son communiqué est publié à 10 h 10 ce lundi alors que le rendez-vous de Madama est à 10 h. Véronique reste devant la porte. « C’est nous punir en s’attaquant à Madama », s’étouffe la famille. Quand le jeune homme ressort, le couperet tombe : une obligation de quitter le territoire va lui être envoyée. Éric Durupt, affaibli par la faim, s’écroule avant d’être transporté aux urgences. L’impression d’une guerre d’autorité menée par l’État et au milieu de laquelle se jouent l’avenir d’un jeune homme et la santé d’un père de famille. « Madama Diawara présente des faux papiers, il n’est ni réfugié, ni mineur, ni apprenti. Je ne régulariserai pas sur la base de faux papiers », s’énerve le préfet Éric Étienne dans la presse. Contacté par Politis, il n’a pas donné suite à nos sollicitations.

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