Benjamin Lemoine : « L’État doit gouverner la finance et non l’inverse »

Annuler, cantonner, échelonner… La dette Covid fait l’objet d’une controverse vivace, qui devrait durer. Et si les véritables enjeux étaient ailleurs ? s’interroge Benjamin Lemoine.

Erwan Manac'h  • 3 mars 2021 abonné·es
Benjamin Lemoine : « L’État doit gouverner la finance et non l’inverse »
© DR

Que faire de la montagne de dettes héritée de la pandémie ? La question focalise toutes les attentions et draine beaucoup de fausses évidences. L’« ordre de la dette » est en effet construit pour servir de verrou à une seule manière de gérer l’économie, prévient le sociologue Benjamin Lemoine. Il pioche dans l’histoire contemporaine l’exemple d’un fonctionnement radicalement différent, dans lequel l’État avait la main sur les canaux financiers.

François Bayrou, haut-commissaire au Plan, préconise de « cantonner » la dette Covid et de repousser son échéance. Qu’en pensez-vous ?

Benjamin Lemoine : La « stratégie de reconquête » du haut-commissariat au Plan part du constat que le discours lancinant et catastrophiste sur la dette, centré sur la critique d’un État obèse, d’un excès de dépenses, et sur l’obsession de la discipline budgétaire, n’est plus audible. Parce que de l’argent a été trouvé comme « par magie » et que les vannes de la dépense publique ont été ouvertes pendant la pandémie. C’est le mythe de « l’État en faillite », qui constitue la ligne majeure du pouvoir en place depuis trente ans, qui menace de s’effondrer. Le haut-commissariat analyse cela comme un « risque de dérive de l’opinion » et propose de « reconstruire une conviction civique partagée ». Seulement, ce récit ne fait qu’aménager à la marge des fondamentaux maintenus à tout prix. Et on se donne une dizaine d’années en opérant « un différé d’amortissement ». L’idée est de cantonner dans un compte spécial la part de dette empruntée pendant la pandémie et d’étaler son remboursement. Le message est donc que l’on entame le chemin de croix du remboursement, mais en le repoussant après la « reconstruction ». Le vice est qu’on naturalise une différence entre une dette Covid qui serait « involontaire » et qui bénéficiera d’un traitement de faveur et une dette qui résulterait d’un excès de

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Économie
Temps de lecture : 11 minutes

Pour aller plus loin…

Congrès syndicaux : quelles priorités pour le monde du travail ?
Luttes 3 juin 2026

Congrès syndicaux : quelles priorités pour le monde du travail ?

Les congrès des principales centrales ont lieu en ce moment. Pouvoir d’achat, retraites, assurance chômage : tour d’horizon des sujets de préoccupations.
Par Céline Martelet, Alix Garcia et Juliette Heinzlef
Congrès syndicaux : le dilemme de la présidentielle
Analyse 29 mai 2026 abonné·es

Congrès syndicaux : le dilemme de la présidentielle

Au mois de juin, après FO, c’est au tour de la CGT et de la CFDT d’organiser leurs congrès. Des rendez-vous très importants pour ces organisations, à un an des échéances électorales de 2027. De quoi susciter des débats en interne, notamment sur la lutte contre l’extrême droite.
Par Victor Fernandez
Data centers : à qui profite vraiment la « souveraineté numérique » ?
Analyse 22 mai 2026 abonné·es

Data centers : à qui profite vraiment la « souveraineté numérique » ?

Brandi comme un étendard par le gouvernement et les géants du numérique, le concept consensuel de « souveraineté numérique » masque une réalité moins flatteuse : l’emprise de la Big Tech américaine et des fonds étrangers sur le numérique français et européen.
Par Thomas Lefèvre
Plans sociaux : comment l’IA commence à remplacer les journalistes
Enquête 15 mai 2026 libéré

Plans sociaux : comment l’IA commence à remplacer les journalistes

Depuis le mois de janvier, les annonces de suppressions de postes s’enchaînent dans les groupes de presse français. Plusieurs centaines de journalistes vont perdre leur travail et des postes vont disparaître dans les rédactions… au profit de l’intelligence artificielle.
Par Céline Martelet