Des centres américains pour adolescents «difficiles» sont accusés de maltraitance

Une mobilisation a traversé le pays pour dénoncer les sévices subis par ces jeunes. Des médecins français apportent leur soutien à la lutte contre des programmes de modification du comportement destinés aux « adolescents à problèmes » aux États-Unis.

Emmanuel Monneron  • 23 mars 2021
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Des centres américains pour adolescents «difficiles» sont accusés de maltraitance
© LOIC VENANCE / AFP

Le 8 février 2021, le sénateur Mike McKell présentait en première lecture la proposition de loi UT SB127. Ce texte a pour objectif de mieux contrôler les activités d’établissements situés dans l’Utah, aux États-Unis, qui accueillent des enfants et adolescents vulnérables. Lors de l’audience, d’anciens pensionnaires de l’établissement Provo Canyon School ont témoigné des sévices subis pendant leur internement dans ce centre.

Victimes de stress post-traumatique

Jeff Netto, Caroline Lorson et Paris Hilton ont décrit les humiliations quotidiennes, la violence, les agressions sexuelles, les mesures d’isolement, les injections de neuroleptiques, la négligence médicale, l’impossibilité de communiquer avec l’extérieur et les conséquences sur leur vie d’adulte. Depuis des années, ils souffrent d’un syndrome de stress post-traumatique, et le souvenir de la nuit au cours de laquelle ils ont été emmenés de force par des inconnus, continue de les hanter chaque jour (Jessica Miller, Salt Lake Tribune, 8 février 2021).

Emmanuel Monneron est psychiatre et praticien hospitalier au centre hospitalier spécialisé Le Vinatier à Lyon.

Entre 2012 et 2019, 429 appels d’urgence ont été reçus en provenance de la Provo Canyon School. En 2019, dans ce même établissement, une jeune fille de 14 ans, dont le dossier anonymisé a été rendu public, a été contenue physiquement 26 fois, isolée 8 fois et a reçu des injections de neuroleptiques 13 fois en l’espace de quatre mois (Jessica Miller, Salt Lake Tribune, 4 février 2021).

À ce jour, il n’existe toujours aucun contrôle efficace des conditions d’accueil à Provo Canyon School. (1)

L’industrie des « adolescents à problèmes » (« Troubled Teen » Industry ) existe depuis les années 1960 aux États-Unis. Paradoxalement, alors que ces programmes accueillent des mineurs vulnérables, il s’agit d’un secteur économique très peu encadré sur le plan légal, selon Maia Szalavitz, journaliste et auteure de Help at Any Cost (publié en 2006). Dans certains États, il n’est même pas nécessaire de déclarer l’ouverture d’un établissement.

En 2021, des milliers d’adolescents y séjournent pour des raisons diverses : défiance vis-à-vis de l’autorité, résultats scolaires insatisfaisants, consommation d’alcool ou de drogues, dépression, anxiété, délits mineurs ou même homosexualité. À défaut de bénéficier de soins, ils sont forcés de se soumettre à des programmes de modification du comportement. Dans ces établissements, parler ou à aller aux toilettes sans être surveillé est considéré comme un privilège (Troubled : The Failed Promise of America’s Behavioral Treatment Programs, Kenneth R. Rosen, 2021). Les témoignages édifiants de ces jeunes, que nombre d’adultes considèrent comme des menteurs et des manipulateurs, sont systématiquement invalidés afin de protéger les intérêts économiques de ces entreprises florissantes.

En tant que professionnel·les de santé, nous souhaitons témoigner publiquement de nos inquiétudes quant à la sécurité de ces milliers de jeunes. Nous apportons notre soutien à l’organisation Breaking Code Silence, à la sénatrice Sara Gelser, au sénateur Mike McKell, et aux personnes qui luttent contre ces méthodes qui vont à l’encontre de toutes les recommandations dans le domaine de la santé mentale. Nous considérons que la protection de l’enfance doit constituer une priorité absolue et appelons les autorités compétentes à prendre rapidement toutes les mesures nécessaires.

(1) Depuis la rédaction de cette tribune, la proposition de loi UT SB 127 a été adoptée par la Chambre des Représentants de l’Utah. Cela faisait 15 ans qu’aucun texte de loi n’avait fait évoluer les conditions d’accueil des pensionnaires de ces programmes. D’autres propositions de loi sont en cours d’examen dans le Missouri, l’Oregon et le Montana.

Avec le soutien de : Docteur Gérard LOPEZ, psychiatre, co-fondateur de l’Institut de victimologie de Paris ; Docteur Loïc EMMELIN, médecin généraliste, Châlon-sur-Saône ; Docteur Paul RAHMANI, psychiatre, Lyon ; Docteur Mélanie DAUTREY, psychiatre, Lyon ; Docteur Emmanuel VENET, psychiatre, Lyon ; Docteur Romain REY, psychiatre, Lyon ; Docteur Philippe ROUBY, psychiatre, Lyon ; Docteur Sophie CERVELLO, psychiatre, Lyon ; Docteur Leslie GRICHY, psychiatre, Lyon ; Docteur Claire COCHET, médecin généraliste, Lyon ; Docteur Laurence WILLERMOZ, pédopsychiatre, Lyon ; Docteur Mélanie TRICHANH, psychiatre, Lyon ; Docteur Christophe BURNIER, psychiatre, Lyon ; Docteur Rebecca WHITE-SCHIELKE, médecin généraliste, Valence ; Docteur Lysandre DELAMARRE, psychiatre, Lyon.

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Tribunes

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