Faber, victime expiatoire

Le grand patron de Danone, Emmanuel Faber, vient d'être dégagé après une fronde de quelques actionnaires.

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Une fronde expresse de quelques actionnaires, et hop, voilà le grand patron de Danone dégagé en deux coups de cuillère à pot ! On n’a pas la vocation, à Politis, de mettre son grain de sel dans les féroces règlements de comptes entre grands carnassiers du marigot capitaliste. Aussi se désintéressera-t-on des reproches faits au gestionnaire Emmanuel Faber, qui se serait enfermé dans une gestion solitaire et autoritaire fautive. Un trait de personnalité somme toute assez banal des pilotes de mastodontes économiques.

Mais il dirigeait Danone, qui porte une singularité au sein du CAC 40 : ces gènes d’entreprise sociale implantés par son fondateur Antoine Riboud. Faber, parvenu à la tête de la multinationale en 2017, s’était même imposé sur la scène médiatique par un credo écolo-social étonnant au sein du sérail patronal français. Il avait diminué sa rémunération, renoncé à sa retraite chapeau. En juin dernier, Faber avait transformé Danone en « entreprise à mission », une première pour une firme cotée. Par cette nouveauté de la loi Pacte de 2019, elle a inscrit dans ses propres statuts des objectifs sociaux, sociétaux et environnementaux. Les actionnaires ont voté « pour », à plus de 99 %.

Neuf mois plus tard, Faber est viré pour cause de résultats financiers insuffisants. Depuis novembre, les fonds d’investissement anglo-saxons Bluebell Capital, puis Artisan Partners, récents actionnaires, réclamaient la tête du PDG, inquiets des conséquences de son plan de restructuration sur la performance boursière de l’entreprise. Ces fonds voraces, aux méthodes agressives notoires, détiennent ensemble moins de 8 % du capital de l’entreprise. Ils sont néanmoins parvenus à lui imposer leurs mortifères exigences, comparant la croissance de l’action Danone à celles de Nestlé ou d’Unilever, nettement supérieures. Éloquent parallèle : dans un passé pas si lointain, ces géants se sont illustrés dans des scandales sociaux et environnementaux : lait en poudre imposé aux bébés africains, lessives au phosphate, travail forcé d’enfants pour la production d’huile de palme… Où donc s’est évaporée l’unanimité actionnariale de juin 2020 chez Danone ? Et le soutien chauvin du monde économique, gouvernement inclus, si prompt à encenser « nos » capitaines d’entreprise ?

Mais Faber a trahi la vraie loi du milieu, celle du profit. Il avait pourtant envisagé 2 000 suppressions de poste, peut-être pour amadouer ses détracteurs. Les nouveaux statuts de Danone auraient alors permis de le sanctionner pour une préoccupation de rentabilité excessive au regard des objectifs sociaux et écologiques de l’entreprise. Amusant.


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