Grèce : L’escalade de la répression policière

Passages à tabac, arrestations arbitraires, intimidations… Encouragées par des lois liberticides, les forces de l’ordre sont en roue libre depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs.

L’autoritarisme, pour de profondes raisons historiques, a toujours été très présent dans la vie politique grecque. En conséquence, les rapports des citoyens avec la police ont toujours été mauvais. Pour preuve, malgré la chute de la dictature des Colonels en 1974, le slogan « Batsi, gourounia, dolofoni » (« Flics, porcs, assassins ») a continué de dominer les manifestations de ces 47 dernières années. Aujourd’hui encore, il est plus que jamais d’actualité. Tagué sur les murs du pays, il exprime une colère et un ras-le-bol de l’impunité qui couvre toutes les violences policières, lesquelles, depuis août 2019, vont crescendo. Cela a débuté par l’évacuation violente de la plupart des squats du pays et le quadrillage par les forces antiémeutes, surarmées, des quartiers contestataires, à commencer par celui d’Exarchia à Athènes.

Les manifestations qui ont suivi, toutes pacifiques et légales, et qui n’étaient pas encore interdites pour cause de Covid-19, ont été réprimées très durement (canons à eau, gaz lacrymogènes, gaz irritants, matraquages, arrestations arbitraires), mais sans commune mesure avec la répression gratuite et cruelle qui s’est ensuite abattue sur le pays. Gratuite parce qu’elle n’est pas une réponse à des casseurs ou à des black blocks qui s’en prendraient aux forces de l’ordre et leur donneraient un prétexte pour briser les manifestations, mais parce qu’elle touche désormais monsieur et madame Tout-le-monde et leurs enfants. Cruelle parce qu’elle s’accompagne d’humiliations, d’insultes, voire d’agressions sexuelles, ce qui est un fait nouveau.

La stratégie de l’humiliation

Cela n’est pas venu d’un coup mais par petites touches, en allant toujours plus loin, comme si la police et le gouvernement voulaient tester la capacité de réaction de la société. Au départ, les Grecs ont cru à une mauvaise plaisanterie lorsque, en octobre 2019, la police est entrée dans deux cinémas et a violemment évacué des lycéens, dont plusieurs étaient accompagnés de leurs parents, car ils regardaient Joker, un film interdit aux moins de 18 ans en Grèce. Du jamais-vu. Pas d’arrestations, juste l’humiliation.

Le 11 novembre de la même année, la police a fait une descente dans un club, obligeant les clients à se mettre par terre les mains sur la tête, pendant quatre heures. Une femme qui se trouvait dans les toilettes a été forcée de se déshabiller et a été fouillée au corps deux fois, la deuxième fois parce qu’elle protestait : « Nous sommes en démocratie nous avons des droits. » « Tu te trompes », lui a répondu le policer qui l’a emmenée au sous-sol. La plupart des clients ont été humiliés et interpellés, bien qu’aucune drogue ni arme n’aient été trouvées.

Un mois plus tard, une autre femme est contrainte de se déshabiller avenue Patission, au centre de la capitale, pour une fouille au corps, la serviette hygiénique qu’elle portait ayant été considérée comme suspecte. L’affaire a été portée devant le Parlement grec par Panos Skourletis, député de Syriza (parti de gauche) : « Qui a donné le droit à la police de cibler ainsi la jeunesse ? Il n’est pas possible que vous donniez autant de droits à la police. Cette dangereuse pente autoritaire doit s’arrêter. » On lui a ri au nez sur le mode : désormais, l’ordre et la loi règnent en Grèce. Le fameux « retour à la normalité » qui avait été le mot d’ordre de la campagne électorale de l’actuel Premier ministre, Kiriakos Mitsotakis.

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