Surenchères à droite, aveuglements à « gôche »

Francis Daspe alerte sur les ruptures radicales que projette la droite en cas de victoire en 2022, et estime que la résurrection d’un hypothétique pôle de centre-gauche n'est pas à la hauteur des enjeux.

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Les grandes manœuvres en vue de l’élection présidentielle de 2022 ont bel et bien déjà débuté. C’est ainsi qu’un responsable des Républicains a fait part d’un plan visant à « rompre avec le macronisme en cent jours » en cas de victoire l’an prochain. Un certain nombre de mesures, visiblement d’ores et déjà calibrées, ont été présentées sans le moindre complexe. C’est le moins que l’on puisse dire, tant elles sont édifiantes et ébouriffantes.

Au motif de « créer un choc du pouvoir d’achat », la droite préconise la suppression de toutes les cotisations sociales afin d’opérer à la jonction du salaire net et du salaire brut. Le tour de passe-passe est bien évidemment présenté comme une augmentation de 20 % des salaires. L’emballage est en définitive moins alléchant qu’en apparence : la réalité est tout autre, annonçant un fort mauvais temps pour la protection sociale solidaire issue du programme du Conseil national de la Résistance. À terme, il s’agira d’une aubaine pour les requins à l’affût de la marchandisation de la santé.

L’entreprise de destruction méthodique des conquis sociaux s’intensifie, sans réelle surprise et encore moins de vergogne, avec l’annonce de la suppression programmée de tout âge légal de départ à la retraite. La nouvelle règle consisterait à « cotiser 44 ans sans âge légal couperet ». Autrement dit, repousser à des limites frôlant l’indécence l’âge de liquidation à taux plein de la retraite, à moins que le recours à une part substantielle de capitalisation ne permette à qui en aura les moyens de partir à la retraite avant les dégâts irréversibles de l’âge. Autre aubaine pour les requins !

Une veine orwellienne ou kafkaïenne

Les fondamentaux de l’oligarchie et de l’ordo-libéralisme sont conviés sans guère d’exceptions pour accomplir la basse besogne. L’inévitable règle d’or budgétaire s’assigne pour objectif « zéro déficit à l’horizon 2030 », au rythme d’une centaine de millions d’euros de coupes franches, dans les domaines de prédilection de ceux qui n’aiment pas le peuple et le charge de tous les vices possibles : la prétendue fraude sociale sans mettre en regard la fraude fiscale pourtant sans commune mesure, les arrêts maladie prétendument de complaisance sans que la mesure de la souffrance au travail ne soit prise en compte, les retraites dont on voit qu’elles ne constituent qu’une vulgaire variable d’ajustement, etc.

Dans une veine dont on ne sait trop s’il faut la qualifier davantage d’orwellienne ou de kafkaïenne, ajoutons pour couronner le tout un projet de loi sur « l’école du mérite », et un autre sur la laïcité tout en procédant à « l’inscription des racines judéo-chrétiennes dans la Constitution ». Cette pseudo-école du mérite, dans une logique identique à celle de la si mal nommée école de la confiance de Blanquer, qui s’est révélée au final une école de la défiance et du mépris, aboutira à une école de l’inégalité, de la concurrence et de la reproduction accrue des dominations sociales. Bref, du renoncement à l’ambition collective qui fonde l’honneur d’une école de la République digne de ce nom. Un trait d’union relie ces mêmes logiques destructrices : Jean-Michel Blanquer, qui dans ses fonctions de Dgesco (directeur général de l’enseignement scolaire) sous le quinquennat d’airain de Nicolas Sarkozy, fut un redoutable cost-killer. L’association de la laïcité à la reconnaissance constitutionnelle des racines judéo-chrétiennes n’est qu’une vaste et sinistre tartufferie : c’est dévoyer et dénaturer le principe de laïcité masquant mal la tentation d’un retour à l’esprit concordataire.

Un hypothétique pôle de centre-gauche est voué à l'échec

Comment interpréter ce projet de rupture se voulant radicale ? Nous le percevons comme une énième surenchère au sein des différentes nuances de la droite. Ces propositions ne sont pas en rupture avec le quinquennat en cours d’Emmanuel Macron, comme celui-ci s’inscrit dans la filiation des précédents quinquennats de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. Et pour cause : l’actuel président de la République y occupa à chaque fois des fonctions éminentes : membre de la commission Attali, secrétaire-général de l’Elysée (il succéda à un certain Jean Castex) ou ministre de l’Économie.

Ce plan de « rupture avec le macronisme en cent jours » relève de la supercherie. Il va dans le sens de l’aggravation de l’existant. Dans ces conditions, on est en droit de se demander pour qui surviendrait un inévitable Waterloo au bout de cent jours de l’administration d’une telle potion ? Sûrement pour Les Républicains qui subiraient rapidement un désaveu des citoyens qui ne veulent plus d’une politique de classe désinhibée. Encore plus pour le peuple confronté à des souffrances insoutenables engendrées par des mesures aussi injustes. Assurément pour notre modèle social, héritage d’un siècle de combats ouvriers et populaires, et ce en dépit de ses imperfections. Bref, un peu pour tout le monde, même les catégories censées en bénéficier, car les profits acquis par des forfaitures de ce niveau ne sont jamais durables.

La situation aura du mal à bénéficier à la gauche si elle persiste dans les impasses qui ne manqueront pas de résulter de l’initiative impulsée par Yannick Jadot avec la récente rencontre de l’ensemble des composantes de la gauche. Cette « gôche » est « incapacitante et incapacitée », bref incapable de répondre aux défis et aux enjeux. La finalité de cette initiative est apparue au grand jour dès la fin de la réunion, avec les propos pour le moins cavaliers d’Olivier Faure : il s’agit rien moins que de favoriser la résurrection d’un hypothétique pôle de centre-gauche, mêlant social-libéralisme, capitalisme vert et replis identitaires influencés par la pensée dominante de droite et de ses confins. Disons-le clairement, c’est voué à l’échec. Ni l’arithmétique ni la dynamique ne sont de son côté. On ne divorce pas impunément d’avec le peuple. Ce centre-gauche ne peut reconquérir une quelconque hégémonie, qu’elle soit culturelle, politique ou électorale.

La situation de crises multiples et l’insuffisance notoire des propositions alternatives indiquent qu’il est temps que ces agitations stériles cessent. L’urgence est véritablement à créer les conditions permettant de rendre possible de renverser la table en vue de 2022. Loin des aveuglements et de la réédition des errements passés.


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