Dossier : Erdogan : L'ambition sans freins d'un autocrate

Turquie : La dérive autoritariste de l’AKP

Au pouvoir depuis 2003, le parti d’Erdogan n’a eu de cesse de renforcer son emprise, étape par étape.

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Le parti du président Recep Tayyip Erdogan, l’AKP (Parti de la justice et du développement, islamo-conservateur et néolibéral), est arrivé au pouvoir en 2003 sur des promesses de démocratisation et de réformes en vue d’intégrer l’Union européenne. Petit à petit, la Turquie change de cap, le discours se fait plus nationaliste et l’élan démocratique s’essouffle. La révision constitutionnelle de 2010 donne un avant-goût du tournant autoritaire de l’AKP : elle affaiblit le pouvoir judiciaire et porte un coup à la séparation des pouvoirs. Le Parlement – ayant une majorité de députés AKP – peut aussi dissoudre des partis politiques. Mais c’est surtout une série de crises qui va permettre au reis d’affirmer de plus en plus son pouvoir. La brutale répression du mouvement protestataire du parc Gezi en 2013 en est la preuve et marque une rupture. Le conflit fratricide débutant cette même année avec Fetullah Gülen entraîne également des purges dans la justice dès 2014. Cette année-là, le premier ministre Erdoğan est le premier président turc élu au suffrage universel direct. Le régime jusqu’alors parlementaire tend vers le semi-présidentiel. 

L’année suivante, l’AKP n’obtient que 41 % des voix aux élections législatives et le HDP (parti pro-kurde, gauche) réalise une percée électorale avec 13,2 % des voix. Le processus de paix avec le PKK prend fin, entraînant une lutte armée dans l’Est du pays et une criminalisation du HDP. Le PKK riposte avec une série d’attentats, sans oublier les attaques de Daech au même moment sur le sol turc. 

Le conflit entre Gülen et Erdogan atteint son apogée en 2016 avec le coup d’État raté du 15 juillet. Fetö (surnom de Gülen) est accusé d’en être l’instigateur. L’état d’urgence est déclaré, des purges massives lancées, les médias mis au pas ainsi que les institutions via des décrets-lois. Ce contexte profite à Erdogan, qui fait passer sa réforme constitutionnelle via un référendum en 2017 permettant de lui donner les pleins pouvoirs en 2018 et d’entériner les mesures prises pendant l’état d’urgence. Le poste de Premier ministre est supprimé et le calendrier des élections législatives aligné sur celui de la présidentielle. 

Le 1er février, soit deux ans avant les prochaines élections présidentielle et législatives, Erdogan s’est dit favorable à une nouvelle Constitution. L’actuelle a été établie juste après le coup d’État de 1980. Pour lui, « il est clair qu’à la source des problèmes de la Turquie se trouvent les Constitutions écrites par des putschistes ».


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