Vaccins : la course de fond

Entre l’organisation laborieuse de la campagne et la montée en puissance des variants, la stratégie vaccinale française permettra-t-elle une sortie de crise avant l’été ?

A u départ, les personnes qui parvenaient à se faire vacciner étaient essentiellement celles avec un niveau socioculturel élevé, qui ont un ordinateur, qui savent se débrouiller sur Internet et qui peuvent se déplacer facilement. » Laure est médecin généraliste en Bretagne. Pour elle, c’est certain, la campagne vaccinale française contre le Covid-19 a démarré sur de mauvaises bases. Elle regrette par exemple le choix fait par le gouvernement d’une plate-forme sur Internet, Doctolib, pour la prise de rendez-vous.« Le premier groupe à avoir eu accès au vaccin, après les résidents des Ehpad, c’étaient les plus de 75 ans. Pour eux, utiliser Doctolib, ce n’est pas forcément évident. Et nous n’avons pas compris que la prise de rendez-vous ne se fasse pas selon le territoire où vivent les gens. Le résultat, c’est que les personnes qui pouvaient faire deux heures de route pour se faire vacciner ont reçu leur injection les premières, les autres ont dû attendre. Et quand j’essayais d’obtenir un créneau en centre de vaccination pour certains de mes patients octogénaires, il n’y avait plus de rendez-vous disponibles… » Au 12 avril, 10,7 millions de personnes ont reçu une première dose de vaccin contre le Covid-19 en France, soit 16 % de la population. Mais seulement 5,5 % ont reçu les deux doses.

Les chiffres sont similaires en -Allemagne, en Italie, en Espagne, en Belgique, au -Portugal… D’autres pays, hors de l’Union européenne, sont bien plus avancés dans leur campagne vaccinale contre le Covid-19. En Israël, plus de la moitié de la population a déjà reçu ses deux doses. Aux États-Unis, un tiers de la population a reçu une première dose et un cinquième les deux. La vaccination avance aussi bien plus vite au Chili qu’en France. Au Royaume-Uni, la moitié de la population a eu sa première injection, même si moins de 10 % ont eu les deux. La raison : le choix des autorités britanniques de privilégier la distribution d’une première dose pour le plus de personnes possible, une question qui commence à être discutée y compris en France afin d’accélérer la cadence.

Ces pays ont négocié leurs achats de doses de vaccin directement auprès des fabricants. En France, où trois vaccins sont actuellement distribués (ceux de Pfizer-BioNTech, -d’AstraZeneca et de Moderna), les commandes se font via l’Union européenne, qui a conclu les contrats pour l’ensemble des vingt-sept membres de l’UE et redistribue les doses en fonction de la population de chaque pays. Ensuite, chaque État a organisé sa stratégie vaccinale comme il l’entendait. Faute de doses en nombre suffisant pour faire avancer la vaccination plus rapidement, certains pays européens ont en plus pris le parti de négocier auprès de la Russie. La Hongrie a ainsi commandé des doses du vaccin russe Sputnik V fin janvier. La Slovaquie a suivi. L’Allemagne a annoncé, début avril, discuter avec la Russie pour en importer également. Mais des doutes subsistent sur ce dernier. La Slovaquie a ainsi affirmé, le 9 avril, que les lots reçus « n’ont pas les mêmes caractéristiques et propriétés » que celles validées par la revue scientifique britannique Lancet début février. Et l’Agence européenne du médicament, en charge de l’homologation, mène actuellement une enquête sur le respect des standards éthiques et scientifiques lors des essais thérapeutiques. Par ailleurs, le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn, l’a fait remarquer : « Pour vraiment faire une différence par rapport à la situation actuelle, la livraison devra avoir lieu dans les deux à quatre ou cinq prochains mois. » Car dès l’automne prochain l’Europe pourrait bien crouler sous les doses disponibles.

Défiance

Pour le moment, le fait est que les doses manquent partout en Europe, y compris en Russie, pour vacciner plus vite plus de monde.

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