Aires d’accueil pour gens du voyage : un racisme environnemental

Dans une étude, le juriste William Acker montre que les zones où vivent les Voyageurs sont les plus polluées. Il plaide pour une convergence entre leurs luttes et celles des écologistes.

Depuis 2019, le juriste William Acker effectue un travail que les autorités publiques auraient dû faire depuis des années : recenser des lieux dits d’accueil, attribués par les collectivités aux « gens du voyage ». Et montrer qu’ils sont systématiquement parqués dans des environnements pollués. Son livre (1) redonne aussi une voix à des personnes invisibilisées et maltraitées depuis des siècles. Originaire d’une famille de Voyageurs, William Acker raconte son héritage familial à travers les lieux traversés, habités, subis. « Chaque visage s’associait à un lieu : des rues que de nous, des zones commerciales ou industrielles, des terrains inondables, des espaces de goudron et de grillages, des lieux réservés aux “gens du voyage” », écrit-il. William Acker ne revendique aucun rôle de porte-parole ou politique mais espère que son travail deviendra un outil de lutte que les habitant·es d’aires d’accueil, les politiques, les journalistes, les écologistes s’approprieront pour bousculer les idées reçues.

Votre inventaire critique révèle que, sur les 1 358 aires d’accueil en France, la moitié sont polluées et 70 % sont isolées. Y a-t-il eu un déclic pour vous ?

William Acker : Je sais depuis l’enfance que les aires d’accueil sont installées à proximité de déchetteries. Mais plusieurs rencontres m’ont servi de déclic : d’abord avec Lise Foisneau, une chercheuse qui documente depuis longtemps les questions d’inégalités environnementales dans les aires d’accueil. Puis avec différents collectifs d’habitants qui luttent au quotidien, notamment les femmes d’Hellemmes-Ronchin près de Lille qui dénoncent les pollutions subies sur leur aire, située au pied d’une usine de béton, à proximité de champs traités aux pesticides… Enfin, en 2019, l’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen a mis un gros coup de projecteur sur ce sujet. C’était choquant que les habitants de l’aire d’accueil du Petit-Quevilly, à 500 mètres de l’usine, n’aient pas été pris en compte ! Les familles n’ont reçu aucune proposition d’évacuation sérieuse. N’étant pas considérée comme zone d’habitation, l’aire d’accueil était mal intégrée au plan de prévention des risques et n’avait pas d’équipement de confinement. Tout le monde a été soumis directement aux fumées pendant toute la durée de l’incendie. C’était tout simplement une question de dignité humaine !

Lubrizol n’est que la partie émergée de l’iceberg : les aires d’accueil à proximité de sites Seveso sont nombreuses. À Saint-Germain-en-Laye, elle est à côté de l’usine de traitement des eaux du service public de l’assainissement en Île-de-France, classée site Seveso seuil haut, et qui a connu un incendie en 2018…

Comment avez-vous procédé pour cet inventaire ?

Notre société a besoin de chiffres pour qu’un sujet soit entendu et prenne une dimension politique. C’est un travail sur le long terme que j’ai médiatisé dès le début sur les réseaux sociaux en publiant des recensements par département avec des vues aériennes.

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