Centres éducatifs fermés, une prison pas si alternative

Depuis 2002, les CEF sont promus comme des alternatives à l’incarcération et ce type de placement devient majoritaire. Politis a accompagné le député Ugo Bernalicis au centre de Liévin.

L’établissement passe inaperçu. Avec son grillage et son portail électrique, le bâtiment blanc, d’un étage, ne détonne pas tant dans ce quartier pavillonnaire cossu, niché aux abords de la commune de Liévin, dans le Nord. Même le député local de La France insoumise, Ugo Bernalicis, venu ce 26 avril y faire une visite parlementaire, s’y est laissé prendre. Les voisins, eux, ont repéré le bâtiment à cause des nombreuses allées et venues. Mais pour y déchiffrer l’inscription « Centre éducatif fermé » (CEF) affublé du logo du ministère de la Justice, il faut s’approcher tout près de l’entrée fermée à double tour.

Une fois passé un petit sas vitré, la partie administrative s’étire autour d’un puits de lumière centrale. Les bureaux sont encombrés de plannings exposant les activités imposées aux onze jeunes de 13 à 16 ans pris en charge dans ce centre. D’autres CEF s’occupent des 16-18 ans. À Liévin, seize éducateurs – deux la nuit – travaillent en plus du reste de l’équipe, pour un total de vingt-sept équivalents temps plein. Les jeunes placés ici bénéficient d’un encadrement renforcé.

Et pour cause : ces adolescents sont en « conflit avec la loi », pour reprendre le lexique du ministère de la justice. Ce sont soit des multiréitérants – ils ont commis plusieurs délits différents –, des multirécidivistes – ils ont commis plusieurs fois le même délit –, ou la gravité des faits reprochés a nécessité une prise en charge particulière. Trafic de stupéfiants, vol avec violence, agressions sexuelles, pyromanie… « On évite d’avoir les mêmes profils pour empêcher des phénomènes de groupe ingérables », explique Laurence Cugnet-Labroche, qui dirige cet établissement géré directement par la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), alors que la majorité des CEF sont administrés par le secteur associatif. « Le centre a une vocation nationale mais comme nous essayons de travailler avec les familles, nous priorisons le Pas-de-Calais et le Nord », précise la directrice.

Placés par un juge pour une durée maximale de six mois, renouvelable une fois, la majorité des mineurs présents ici sont soit condamnés à une peine de prison avec sursis – le placement constitue leur mise à l’épreuve –, soit placés sous contrôle judiciaire, c’est-à-dire mis en examen le temps de l’enquête. Pour ces derniers, leur placement remplace la détention provisoire, qui, en France, concerne environ 80 % des cas de mineurs incarcérés. Créés en 2002, les CEF sont ainsi présentés comme une alternative à l’incarcération. Pour autant, leur création n’a pas eu pour conséquence la baisse du nombre de mineurs derrière les barreaux. En mars 2021, 911 mineurs étaient en prison, un niveau jamais atteint depuis le début du quinquennat. D’après la PJJ, au 1er avril 2021, 805 mineurs étaient écroués. En ajoutant à ceux-là les quelque 500 placés dans les 52 CEF disséminés sur le territoire, le nombre de mineurs enfermés est plus élevé qu’auparavant. « Nous sommes parmi les pays d’Europe qui enferment le plus les mineurs, s’insurge Ugo Bernalicis, qui souhaite fermer les CEF. _La promesse initiale n’a pas été tenue : on enferme plus qu’avant. Il faut travailler sur les causes – sociales, économiques, etc. – et non pas se limiter à contenir les conséquences ! »

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