Dossier : Allô Bercy ? : Les enrichis de la pandémie

« L’économie s’enferme dans l’extraction de rente pour satisfaire les actionnaires »

Alors qu’elles ont bénéficié d’aides publiques sans contreparties, les entreprises du CAC 40 ont versé de généreux dividendes. Une impasse dénoncée par Olivier Petitjean et Maxime Combes, de l’Observatoire des multinationales.

La primauté donnée aux actionnaires, en cette année de pandémie, par les entreprises du CAC 40 dévoile la vraie mesure de la financiarisation de l’économie, devenue « intenable », soulignent les auteurs du rapport « Allô Bercy ? ». Ils entendent amplifier leur travail de dénonciation, avec le renfort d’un « arc de forces » syndicales, politiques, etc. aussi large que possible, pour faire de la conditionnalité des aides aux entreprises un sujet central des prochaines échéances électorales.

Qu’avez-vous appris en menant votre enquête sur les entreprises du CAC 40 durant cette année si particulière ?

Olivier Petitjean : Cette pandémie a été révélatrice. Nous avons assisté à l’accélération d’une spirale infernale : les entreprises ont réussi à obtenir qu’aucune condition ne leur soit imposée en contrepartie des aides extrêmement importantes qu’elles percevaient, parfois sans besoin réel. C’est un tour de force et une victoire des actionnaires, qui parviennent à afficher encore plus clairement le caractère sacro-saint des dividendes. Ce qui était déjà central sort en réalité renforcé par la crise.

Maxime Combes : Le plus frappant, pour moi, c’est la capacité qu’ont eue les pouvoirs publics à revoir complètement leurs pratiques, en débloquant des aides massives au secteur privé alors qu’ils étaient auparavant bloqués dans une perspective de rigueur budgétaire. Investir 155 milliards, selon les chiffres de l’Union européenne, pour aider les entreprises en France, c’était doter les pouvoirs publics d’une capacité d’intervention considérable et historiquement incroyable. L’État s’est donc doté d’une arme d’intervention extrêmement puissante et a immédiatement décidé de ne pas s’en servir pour organiser une économie décarbonée, moins inégalitaire, etc.

Bercy a-t-il répondu à votre appel ?

M. C. : À part quelques députés au début de notre travail, c’est morne plaine. Le ministère de l’Économie estime qu’il n’y a pas de problème, que les dispositions qu’il a prises permettent d’endiguer toute mauvaise utilisation des deniers publics. C’est une tendance que l’on observe depuis trente ans. Les aides aux entreprises sont passées d’une cinquantaine de milliards en 2005 à 150 milliards juste avant la pandémie. Cela pose une question très importante : sommes-nous en train de transformer profondément l’État-providence, qui a été bâti pour garantir une protection à chacun face aux risques sociaux ? Basculons-nous vers un État qui, à moyens constants, préfère réaffecter ses dépenses pour garantir les risques inhérents à l’activité économique ? Autrement dit, nous assistons à un détournement massif et incontrôlé des ressources publiques pour satisfaire des intérêts particuliers.

Nous assistons à un détournement massif des ressources publiques pour satisfaire des intérêts particuliers.

Le deuxième bénéficiaire de ces dividendes, derrière le gestionnaire d’actifs BlackRock, est l’État. Comment l’expliquer ? Est-ce un juste « retour sur investissement » pour l’État actionnaire ?

O. P. : C’est un constat que l’on fait depuis quelques années, qui n’a rien à voir avec un « bon retour sur investissement ». C’est plutôt un symptôme du laisser-faire de l’État vis-à-vis des anciennes entreprises publiques dont il est resté actionnaire. Par sa conduite, il normalise le versement massif d’un sacro-saint dividende.

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