Quand Macron parle aux djeuns

Jamais on n’aura vu un président de la République française pousser aussi loin le mépris pour la politique.

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La vidéo restera dans les annales : jamais on n’aura vu un président de la République française pousser aussi loin le mépris pour la politique. Trente-six minutes de pitreries sous les dorures de l’Élysée, où l’on voit Emmanuel Macron se prêter au populaire concours d’anecdotes de McFly et Carlito.

Il l’avait promis aux deux amuseurs, s’ils se montraient capables de recueillir 10 millions de vues en faisant la promotion des gestes barrières. Le clip réalisé par le duo aux 6,6 millions d’abonnés sur Youtube avait fait carton plein en trois jours à peine : un suspense cousu de fil blanc.

Et la vidéo « de récompense », en ligne depuis dimanche, connaît la même popularité. On s’y livre des anecdotes à tour de rôle : vrai ou faux ? Macron cuisine les ingrédients d’une supposée culture « djeuns » – M’Bappé, l’afrobeat, la fumette, l’OM. On doit se frotter les mains, dans l’équipe de com’ du prés’. D’autant qu’on se quitte sur un bienheureux match nul qui pue le trucage de vestiaire, annonçant une troisième étape pour un gage partagé : Macron devra prononcer son discours du 14 Juillet à côté du portrait des deux influenceurs, qui, eux, devront monter dans un jet de la Patrouille de France.

On doute cependant que la fanfaronnade aille jusque-là. On rêve aussi d’un méga flop pour cette opération de séduction inventée par des penseurs du marketing à destination d’un « segment électoral » 18-25 ans clairement ciblé. On espère que cette jeunesse, glorifiée à coups de trémolos par ce candidat à sa réélection en 2022, se sentira humiliée qu’il lui livre un divertissement de réseaux sociaux en guise d’offre politique. Qu’il lui refuse avec insistance un RSA quand la crise covid a jeté des centaines d’étudiant·es dans la file des soupes populaires. Qu’il se vante de tenir sa promesse pour un concours d’anecdotes quand il crache sur celle qu’il a faite à la Convention citoyenne pour le climat de reprendre « sans filtre » ses propositions.

Mais Macron ne se préoccupe probablement pas de récupérer les dizaines de milliers de jeunes qui brandissent leurs pancartes pour manifester leur préoccupation face au dérèglement climatique, et dont le vote lui a déjà échappé. Passe encore que ce quadra se sente légitime pour bousculer les codes compassés d’une fonction jusqu’alors investie par des bien plus âgés que lui. On lui serait même reconnaissant d’oser des audaces formelles dans sa communication si elles ne se réduisaient pas à un pur dévoiement publicitaire. Mais, par son partenariat avec des influenceurs Youtube, Macron choisit de solliciter des canaux à millions de « likes » pour ne rien vendre d’autre qu’un positionnement de coolitude factice.


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