Rose-Marie Lagrave, « migrante de classe »

Se méfiant, en bonne « bourdieusienne », des autobiographies, la sociologue a attendu la retraite pour faire de son propre parcours son objet de recherche. Celui d’une intellectuelle féministe issue de la pauvreté rurale.

Olivier Doubre  • 19 mai 2021 abonné·es
Rose-Marie Lagrave, « migrante de classe »
Manifestation du MLF en mars 1982 place de la République, à Paris.
© JOEL ROBINE / AFP

C’est encore une petite fille. Elle a à peine 10 ans. Uniquement préoccupée de « se tenir bien à table ». Invitée par son instituteur, elle déjeune dans un petit restaurant du centre de Caen, chef-lieu du Calvados encore en pleine reconstruction, dix ans après les bombardements du débarquement de 1944. Tendue, presque transie par les circonstances, il s’agit surtout de faire « bonne figure ». Son stress devrait pourtant être ailleurs, puisqu’elle passe ce jour-là l’examen d’entrée en sixième, déjà certaine, ou presque, d’être reçue, comme une part encore réduite des gamines de son âge, au certificat d’études primaires (CEP).

La fillette, toutefois, ne mesure pas pleinement l’enjeu de cette journée, dont dépend son avenir. Car, si elle échoue à l’examen, ce sera l’arrêt subit de sa scolarité, et sans doute l’entrée à l’usine ou le retour « au cul des vaches », comme la plupart de ses copines de classe de son village normand. Si elle réussit, elle poursuivra ses études, sera interne dans le « lycée de jeunes filles » de la grande ville. Mais, ce jour-là, elle se concentre sur sa tenue à table

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Idées
Temps de lecture : 11 minutes