« Journal de Tûoa » : Le sens de la désorientation (Cannes, Quinzaine des réalisateurs)

Journal de Tûoa, de Miguel Gomes et Maureen Fazendeiro, raconte l’histoire d’un tournage en période de confinement.

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Devant le nouveau film de Miguel Gomes, qu’il signe avec Maureen Fazendeiro, on ne pourra pas dire que le confinement n’a pas stimulé les imaginations. Avec presque rien, le cinéaste portugais et sa collègue française se sont enfermés dans une propriété avec « seize humains – dont trois acteurs – et cinq chiens », précisent-ils (les premiers ayant passé un test PCR), pour réaliser, en six semaines, Journal de Tûoa, présenté à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs.

Film dans le film, Journal de Tûoa raconte l’histoire d’un tournage mais en remontant de la fin jusqu’au début. Originalité arbitraire ? Non pas. Le processus amène le spectateur, ne pouvant s’appuyer sur le confort du récit linéaire, à sortir toutes ses antennes pour capter les signes émis. Certains crèvent les yeux. Comme le baiser inaugural, figure archiclassique de fin d’histoire, qui ici revêt une dimension provocatrice : ce geste est tabou en temps de covid !

L’humour, comme toujours chez Gomes, est très présent. Ainsi que la chasse au naturalisme, même si ses films sont loin d’ignorer le réel – se souvenir de l’extraordinaire trilogie des Mille et Une Nuits (2016). Les héros du film en cours de tournage construisent un abri à papillons avant de se réfugier dans l’habitacle d’une camionnette (tout ceci étant donc montré à l’envers). Plus que la remontée du temps, ce mouvement vers des espaces fermés dans un contexte de confinement est troublant. Comme si le besoin de protection était primordial.

De même, quand les cinéastes de la fiction (interprétés par Miguel Gomes et Maureen Fazendeiro) s’éloignent, les comédiens sont perdus. Dans Journal de Tûoa, tout est désorienté, comme l’époque dans laquelle nous sommes. Mais mettre en scène ce « cul par-dessus tête » n’est-il pas déjà une tentative – stimulante – pour y voir quelque chose ?

Journal de Tûoa, Miguel Gomes et Maureen Fazendeiro, 1 h 38. En salle.


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