La finance dit merci au coronavirus

Toutes les firmes du CAC 40 ont bénéficié d’aides… et versé 50 milliards d’euros de dividendes.

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Depuis les débuts de la crise sanitaire en mars 2020, des milliers de milliards de dollars et d’euros ont été déversés sur les marchés financiers, directement ou indirectement. Cet afflux d’argent alimente une hausse continue des marchés boursiers et obligataires, alors même que les économies réelles continuent à souffrir, qu’un nombre croissant de personnes s’enfoncent dans la pauvreté et que les services publics sont en déshérence.

La source de ces liquidités est double. La première est structurelle et provient de la généralisation des politiques monétaires dites non conventionnelles en réponse à la récession provoquée par la crise de 2007-2008. Les banques centrales états-unienne et européenne, entre autres, ont massivement racheté des titres publics et privés sur les marchés pour soutenir l’activité. Cette demande accrue a fait augmenter le prix des titres et enrichi leurs détenteurs, tout en asséchant les marchés des titres de bonne qualité : la proportion d’actifs risqués présents sur les marchés augmente en conséquence. Simultanément, des taux d’intérêt plus ou moins négatifs ont encouragé l’endettement, permettant des prises de position spéculatives sans rien avoir à débourser.

La seconde source est conjoncturelle et dérive des réponses des gouvernements occidentaux à la crise sanitaire. Ces mêmes banques centrales qui envisageaient de « normaliser » leur politique monétaire ont à nouveau ouvert le robinet : depuis un an, plus de 2 000 milliards de dollars pour la Réserve fédérale des États-Unis et presque autant pour la Banque centrale européenne. Les divers plans de relance s’y sont ajoutés, 100 milliards d’euros pour la France, 780 milliards pour l’Europe, et plus de 2 000 milliards de dollars pour les États-Unis de Joe Biden. N’en jetez plus ! Malheureusement, la majorité de ces sommes gigantesques sont directement aspirées elles aussi par la finance : achats et rachats d’actions, versements de dividendes exorbitants par des grandes entreprises touchant des aides d’État par milliards. Rappelons que ces plans de relance sont financés par les contribuables, qui seront bientôt obligés de se serrer encore une fois la ceinture pour « payer la dette ».

Pourtant, ces contribuables n’auront pas bénéficié de l’essentiel de ces sommes, à part sous la forme du chômage partiel. Les fonds donnés aux grandes entreprises dans le cadre du plan de relance français, par exemple, l’ont été sans contrepartie sociale, fiscale ou environnementale. Comme le montre une série de rapports de l’Observatoire des multinationales (1), toutes les firmes du CAC 40 ont bénéficié d’aides, ce qui ne les a pas empêchées de verser plus de 50 milliards d’euros de dividendes en 2021, en hausse de 20 % par rapport à 2020 ! Dans le même temps, on cherche toujours quelques milliards pour les hôpitaux, dont les lits continuent de fermer malgré la pandémie, l’Organisation mondiale de la santé a besoin de 17 milliards de dollars pour financer les vaccins dans les pays du Sud, et les politiques français se désespèrent toujours du déficit des caisses de retraite, de l’ordre de 18 milliards par an. Cherchez l’erreur…

(1) Voir la série de rapports « Allô Bercy » sur www.multinationales.org

Par Hélène Tordjman Maîtresse de conférences à Sorbonne-Paris-Nord.


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