Les Olympiades, de Jacques Audiard (Cannes, Compétition)

Avec Les Olympiades, Jacques Audiard se ressource en filmant dans le XIIIème arrondissement de Paris les affres et les amours de quatre jeunes adultes.

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C’est toujours une bonne nouvelle quand un cinéaste cherche à se renouveler après avoir façonné une œuvre solidement construite. C’est ce que fait Jacques Audiard avec Les Olympiades, présenté en compétition.

D’une certaine façon, le cinéaste semblait avoir exploité toutes les possibilités d’un cinéma « à grand spectacle » – j’émets cette hypothèse a posteriori, ce qui est toujours plus facile, mais tout de même sur la base de quelques indices. Son dernier film en date était Les Frères Sisters (2018), un western convaincant au temps de la ruée vers l’or, avec John C. Reilly, Joaquin Phoenix et Jake Gyllenhaal. Le précédent, Dheepan, palme d’or à Cannes en 2015, très discutable dans ce qu’il véhiculait au plan politique, mettait en scène un réfugié Tamoul et une cité de banlieue à feu et à sang. Quelle « grosse machine » pouvait-il à nouveau mettre en œuvre ?

Au lieu de cela, Jacques Audiard s’est lancé dans un projet implanté dans un quartier parisien (qui donne son titre au film), avec un beau noir et blanc (dû au directeur de la photographie Paul Guilhaume), racontant les affres et les amours de quatre jeunes : Émilie (Lucie Zhang), Camille (Makita Samba), Nora (Noémie Merlant) et Amber Sweet (Jehnny Beth). Cela donne Les Olympiades et ce film-là est bien agréable ! Certes il n’est pas sans défauts. Par exemple : la greffe au scénario avec Céline Sciamma (coscénariste avec Léa Mysius et Jacques Audiard) est un peu trop voyante dans le déroulé de l’intrigue. Ou encore : on sent l’intention du cinéaste de répondre à l’accusation de « virilisme » qui lui a été trop souvent adressée. Qu’à cela ne tienne, ces défauts-là sont secondaires devant la légèreté, l’allégresse qui caractérise la mise en scène et qui emporte le spectateur. Pas de grands appareillages ici, ni de casting avec stars, mais une manière de se ressourcer en filmant des visages et des corps, des paysages urbains (les tours du XIIIème arrondissement de Paris), des appartements, sur une musique discrète mais pertinente de Rone (qui avait déjà signé la B.O. réussie de La Nuit venue). Le film a même un doux parfum de Nouvelle vague (sans nostalgie), grâce à son charme juvénile, à ses comédiens jouant parfois avec un très léger mais savoureux décalage (Makita Samba notamment, à la voix très soyeuse), et au souffle romantique qui étreint tous les personnages.

Ce mot, romantisme, ne vient pas immédiatement à l’esprit. Ces jeunes adultes se débattent dans des univers sociaux qui ne leur laissent pas beaucoup de place : le marché de l’emploi (Émilie), l’université (pour la provinciale Nora exilée dans la capitale), le boulot d’enseignant (Camille)… Ils mènent une vie érotique et sentimentale agitée, pas forcément heureuse, contemporaine assurément, avec les sites de consommation sexuelle ou carrément porno : Amber Sweet (un pseudo) travaille pour l’un d’eux. Cependant, leur recherche plus ou moins avouée de l’amour avec un grand A reste classique. C’est par ce biais que le romantisme du film s’affirme. Son point d’orgue a lieu dans une des belles scènes finales, où, au cœur d’un parc parisien contrastant avec le reste de l’architecture urbaine, la vie et son trop plein d’émotions excèdent décidément les écrans.

Les Olympiades n’est pas un film mineur de Jacques Audiard, comme je le lis ici ou là, mais une étape nécessaire et une œuvre revigorante.

Les Olympiades, Jacques Audiard, 1h 46.

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