Pass sanitaire : Quand on brutalise le débat public…

La généralisation du pass sanitaire a soulevé un vent de contestation aussi puissant qu’hétéroclite, traduisant un profond malaise et un affaiblissement de la parole publique.

Fin de manif sur la place de la République, à Lille. Les longs draps blancs barrés des slogans « En guerre contre la guerre sanitaire » ou « Touche pas à nos soignant·es » sont remballés,puis c’est au tour de l’ampli massif installé sur une courte estrade en béton. À quelques mètres, sur la terrasse du Taberna Latina_, les dernier·es manifestant·es observent la scène, satisfait·es. D’une table à l’autre, les profils changent radicalement. Ici, un groupe de gilets jaunes se raconte des souvenirs de manif. Là, c’est une famille qui s’installe après avoir rangé les pancartes. « C’était ma première manifestation, et je crois que c’était réussi_ », jubile Pierre en descendant son café. Son costard bleu nuit, ses richelieu luisantes et son pin’s bleu-blanc-rouge attirent l’œil. Se définissant comme un « penseur » libéral, admirateur d’Alain Madelin et candidat à l’investiture des Républicains, il fait partie des sept organisateurs de la manifestation. Tous viennent d’horizons très divers. « La manifestation est transpartisane et nous avions des opinions très différentes, concède le manifestant. À un moment, j’ai eu peur que ça parte dans tous les sens… J’ai entendu des appels à la révolution permanente, ou des slogans antipoliciers que je ne cautionne pas. Mais ça reste une belle mobilisation, et il y en aura d’autres. »

Sous un soleil brûlant, les prises de parole s’enchaînent toute la journée. Certains appuient sur l’aspect « non démocratique » ou franchement « monarchique » de la prise de décision du Président. D’autres dénoncent « l’autoritarisme » et la politique « sécuritaire », alors que l’expression « dictature sanitaire » semble faire consensus. Mais la récupération politique n’est pas loin. Toute proche même, lorsque François Asselineau se fraye un chemin jusqu’à l’estrade. Trop heureux d’avoir un public, il entame une harangue aux faux airs gaulliens. Quatre longues minutes. L’assistance ne bronche pas, applaudit mollement, parfois. Puis d’autres plaidoyers suivent – moins pompeux – avant que ne démarrent le parcours et un nouveau temps d’échanges.

Postures outrancières

Micro en main, un manifestant jure que les vaccins contiennent « de l’aluminium et du graphène, deux produits toxiques ». Venu avec ses deux fils, Hamid fait la moue : « Je trouve les restrictions surréalistes. Pour moi, on met en place un genre d’apartheid. Et puis, on nous demande d’être vaccinés trop rapidement. » Le plus grand a 13 ans et acquiesce à toutes les phrases du paternel. « On est des pestiférés », conclut-il pour son père. De l’autre côté de la rue, ça chauffe entre les CRS et quelques manifestant·es. Hamid prend ses enfants sous le bras et s’éloigne.

Sur quoi cette colère disparate peut-elle déboucher ? Est-ce la résurgence d’une mobilisation hors cadre, deux ans et demi après celle des gilets jaunes ? Quels dommages ce nouveau tour de vis sanitaire, à la légitimité contestée comme jamais depuis quinze mois, causera-t-il encore sur le débat public ?

« Dans cette affaire, des choses vont se casser, des amitiés se briser », redoute une lectrice de Politis dans un courrier adressé à la rédaction. Elle y exprime son désarroi, « d’être assimilée, en tant qu’“antivax”, à une complotiste affiliée à l’extrême droite, identitaire, et j’en passe. » 

Il reste 73% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.