Dossier : Nos corps en bataille

Piétiner, porter, tirer… Aïcha Hamdoune, 37 ans, éboueuse à la mairie de Paris depuis 2014

« Quand j’écoute mon corps, je me rends compte que j’ai mal partout. »

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Hier soir, j’étais chez l’ostéopathe. Il m’a remis sept vertèbres en place. Sept ! Pourtant, on m’avait vendu ce métier comme étant assez calme, pas très bien payé certes, mais sans trop de difficultés. C’est la mère d’une copine de ma fille qui m’en avait parlé. Elle est éboueuse, elle aussi. À l’époque, j’étais manageuse chez KFC. Je portais déjà des cartons de livraison particulièrement lourds. Mais quand j’ai commencé à la mairie de Paris, dans le secteur de Belleville, en 2014, je me suis rendu compte immédiatement de la pénibilité de ce travail. Je ne fais que me baisser, piétiner, porter, tirer. Il y a la répétition des gestes, mais aussi le fait de casser son dos à s’occuper, parfois, d’une dizaine de sacs de quinze kilos, notamment après le marché. Je fais les encombrants aussi. Ce métier, c’est pile ou face. Le lundi : des planches et des casiers légers. Le mardi : des frigos et des armoires. Et avec les voitures qui klaxonnent derrière, on n’a pas le temps d’appliquer les bonnes méthodes. On sait qu’on va se faire insulter, donc on se bousille le dos. Et ce, par n’importe quel temps : le gel, la canicule, la pluie, les vents glacés. Mon bureau, c’est la rue. Quand j’écoute mon corps, je me rends compte que j’ai mal partout. Et je n’ai que 37 ans. Certes, mon quotidien me fait souffrir, mais j’essaie de me convaincre : « Allez Aïcha, tiens bon. Il faut travailler. Tu es une mère de famille. Il faut gérer. »


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