Les faiseurs de haine

L’exemple de l’acceptation, de la banalisation et de la normalisation du pire vient de très haut.

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On revient lentement d’une estive bien méritée, après avoir tout de même refait son stock de bonne humeur, mais tout de suite ça recommence : on lit des trucs, et on s’énerve.

L’autre jour, par exemple – c’était le 19 août –, Le Monde a publié une double page, augmentée d’un éditorial, narrant que, dans les « mobilisations anti-passe sanitaire » qui ponctuent les samedis de cet étrange été, « l’antisémitisme d’extrême droite resurgit ».

Entendons-nous : l’intention qui a présidé à cette publication était sans doute excellente. Mais le résultat est quelque peu irritant.

Car, premièrement : dans la vraie vie, l’antisémitisme d’extrême droite n’avait bien sûr pas disparu. De sorte qu’il est pour le moins audacieux de soutenir qu’il resurgit : il a toujours été là, bien audible et visible par qui voulait bien se donner la peine d’ouvrir l’œil et de tendre l’oreille. Et certes : il est plus nouveau que ce fanatisme soit désormais, comme le constate l’éditorial en question, « public, brandi à visage découvert, assumé, […] comme si l’antisémitisme était non seulement une idée qui s’affiche, mais d’une évidente banalité ». Mais cela, contrairement à ce que suggère Le Monde, n’a – hélas – rien de surprenant.

Car, deuxièmement : si des salauds se sentent aujourd’hui autorisés à exhiber si ostensiblement leurs ignominies antisémites, c’est évidemment – et en grande partie – parce que l’exemple de l’acceptation, de la banalisation et de la normalisation du pire leur vient, depuis quelques années, de très haut.

Et par exemple du sommet de l’État. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, rappelons-nous, le ministère de la Culture a voulu commémorer officiellement la naissance de Charles Maurras – l’infâme inventeur de l’« antisémitisme d’État ». Puis Macron lui-même a voulu honorer la mémoire du « grand soldat » Pétain – complice actif de la Shoah. Puis l’un de ses principaux ministres a publiquement exprimé la défiance que lui inspirent les rayons « halal ou casher » des grandes surfaces. Puis le même important représentant du gouvernement a rédigé un livre dans lequel il délire sur « les difficultés touchant à la présence de plusieurs dizaines de milliers de Juifs en France » dans l’époque prénapoléonienne – avant de préciser : « Certains d’entre eux pratiquaient l’usure et faisaient naître troubles et réclamations. »

Mais, par une étonnante omission, Le Monde (1) ne dit rien de ces complaisances, qui sont le fait de la droite régnante, et non des franges les plus extrêmes de la réaction. Rien de cette atmosphère méphitique. Rien de cette toile de fond dégueulasse sur laquelle se découpe désormais l’exhibition dans l’espace public de signes ostensibles d’antisémitisme. Pas un mot.

Comme si le journal dit « de référence » souhaitait au fond ne pas se confronter à cette incontestable cause des effets qu’il déplore.

(1) Qui dans sa double page trouve pourtant le moyen d’associer de façon fort peu ragoûtante La France insoumise à cette banalisation de la haine antisémite.


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