À Paris, nouvelle évacuation des usagers de crack

Aucune politique sanitaire digne de ce nom n’a jamais été menée.

Politis  • 29 septembre 2021
Partager :
À Paris, nouvelle évacuation des usagers de crack
© Robin Tutenges / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Vendredi 24 septembre, des flics ont procédé à une énième évacuation des quelques centaines d’usagers de crack qui occupaient le quartier de Stalingrad, dans le nord-est parisien, devenu depuis des décennies ce qu’on appelle une « scène » de deal et de consommation. Pour une fois sans trop de violence à l’encontre de cette population ultra précarisée. Des autocars les ont donc transportés à… 600 mètres de là, entre le périphérique et les tunnels des boulevards des Maréchaux. Et à quelques dizaines de mètres de l’ancienne « colline du crack », qui fut longtemps une autre « scène », évacuée plusieurs fois. Seule « nouveauté » : la préfecture, avec la Mairie de Paris, a érigé un mur afin « d’empêcher » l’accès au tunnel routier susceptible de devenir un autre lieu de consommation, cette fois abrité. Avec pour résultat : le soulagement (provisoire) des riverains de la rue Riquet évacuée, et la colère de ceux des Maréchaux…

Des opérations du même type ont eu lieu depuis 1993 quasiment sans interruption. Les usagers de crack ont donc erré, d’un quartier du nord-est parisien à un autre, sans qu’aucune politique sanitaire digne de ce nom ne soit menée, alors que bien d’autres capitales occidentales l’avaient fait. Et avec succès.

Depuis 2016, une « salle de consommation à moindre risque » (SCMR) a bien été ouverte près de la gare du Nord, sous l’égide de l’association Gaïa, la seule en France capable de gérer une telle structure. Des déclarations récentes ont laissé entendre que la Mairie de Paris envisagerait d’ouvrir une nouvelle « salle » dans le XXe arrondissement, soit loin de la « scène ». Or, tous les professionnels savent qu’une telle structure doit être implantée dans le proche environnement des usagers. Et aucune préparation ne semble avoir été initiée… La seule déclaration qui a pu faire sourire (jaune) est celle du préfet de police Didier Lallement expliquant le « caractère provisoire » de la récente évacuation, « en attendant » l’ouverture d’une nouvelle SCMR… Si même le préfet de police ne semble plus croire à la prohibition !

Société Santé
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« La répression ne va pas éteindre les free parties »
Entretien 9 avril 2026

« La répression ne va pas éteindre les free parties »

Dans sa pièce de théâtre documentaire Tribe, le metteur en scène et auteur Pierre Levent revient sur les répercussions du regard médiatique et politique sur les free parties.
Par Hugo Boursier
Free parties : l’assaut est lancé contre les sound systems
Analyse 9 avril 2026 abonné·es

Free parties : l’assaut est lancé contre les sound systems

Propositions de loi, projet gouvernemental, mission sénatoriale : les free parties, rassemblements techno festifs, sont redevenues une cible politique. Une offensive qui s’inscrit dans une longue histoire de méfiance et de répression à l’égard de la fête libre.
Par Maxime Sirvins
Dans les lycées du 93, « plus aucun de nos élèves n’arrive à se régulariser »
Rencontre 9 avril 2026 abonné·es

Dans les lycées du 93, « plus aucun de nos élèves n’arrive à se régulariser »

Depuis la circulaire Retailleau, en Seine-Saint-Denis, les lycéens étrangers ne peuvent plus se régulariser. Soutenus par les équipes pédagogiques, ils racontent le « combat » qu’est leur vie et la peur des OQTF. Fin décembre, un lycéen du 93 a été expulsé vers le Maroc.
Par Pauline Migevant
Handicap : la France à rebours du droit international
Enquête 8 avril 2026 abonné·es

Handicap : la France à rebours du droit international

Historiquement enferré dans une logique institutionnelle, l’État impose aux personnes handicapées un quotidien en établissement médico-social. Un schéma dénoncé par l’ONU, qui prône une nécessaire désinstitutionnalisation. En dépit de mobilisations, celle-ci est loin d’être envisagée.  
Par Elsa Gambin