Les oubliés de la vaccination

Les personnes âgées de plus de 80 ans sont encore 15 % à ne pas s’être fait vacciner.

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Un succès en trompe-l’œil ? Les bons chiffres brandis par le gouvernement en matière vaccinale, avec plus des deux tiers des Français totalement vaccinés, cachent des disparités édifiantes. Les personnes âgées de plus de 80 ans sont 15 % à ne pas s’être fait vacciner, alors que nos voisins espagnols, portugais, danois, irlandais, norvégiens, etc., affirment avoir vacciné 100 % de leurs personnes âgées. Dans le détail, la politique vaccinale plafonne également pour les personnes à risque : 15 % des diabétiques ont boudé la seringue, comme 19 % des personnes souffrant d’obésité et 12,3 % des personnes hypertendues.

Le refus vaccinal n’explique qu’une partie de ce retard. Ces chiffres sont le reflet d’une politique vaccinale trop verticale, qui n’a pas su prendre par la main les personnes les plus isolées, que les dédales du site Doctolib et les énormes « vaccinodromes » effraient.

En Espagne et dans certaines régions d’Italie, les médecins convoquaient systématiquement leurs patients âgés pour des vaccins, délivrés si besoin à domicile, et battaient le rappel. Le déploiement de cette stratégie « d’aller vers » reste poussif en France. Comme un aveu d’échec, le ministre de la Santé, Olivier Véran, en fait depuis quelques jours sa « priorité des priorités ». Après avoir transformé les cafetiers en contrôleurs de la politique vaccinale, il mise désormais sur des postiers, qui seront envoyés toquer à la porte des octogénaires pour « identifier les freins à la vaccination ». La sécu promet également d’intensifier la vaccination à domicile et de redoubler d’efforts pour convoquer les personnes isolées, avec au besoin un ticket de bus offert pour leur permettre de se rendre à leur centre de vaccination !

Le diabète, l’obésité et l’hypertension sont aussi des maladies plus fréquentes chez les populations pauvres. Pour qui les problèmes de fin de mois passent avant l’idée de prendre soin de soi. Qui vivent dans des lieux où le lien avec la santé publique est si distendu depuis des années que les campagnes de vaccination itinérantes déployées n’ont pas permis de rattraper le retard. Où la méfiance fleurit sur le sentiment d’abandon et où les mesures d’autorité ont le moins de prise, parce qu’on a trop menti et triché au nom de la République.

Avec le passe sanitaire, le gouvernement a réussi à gagner du temps dans la course à la protection collective, en brutalisant tout un pays. Il a en partie échoué en revanche à aller aux devants des personnes les plus fragiles, premières victimes de la pandémie. Un contrôle social généralisé de la population peut-il compenser notre incapacité à protéger les plus fragiles ?


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