Bergams : « On est passés de 35 à 42 heures, avec moins de salaire »

Pour Arya, Mira, Neela, Kali, Mehdi, Marie ou Fatima, face au mépris de la direction, la grève était une évidence.

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Arya, Mira, Neela et Kali

Conditionnement

« Arya* : « Je travaille ici depuis vingt et un ans. Je n’ai jamais fait grève. Mais l’accord de performance collective nous force à travailler à la dure. Il y a beaucoup de maladies, nous sommes fatigués. C’est dur de rentrer s’occuper de nos enfants le soir. »

Mira* : « J’ai trois enfants et je fais quatre heures de transport par jour. Avec mes nouveaux horaires, je ne peux plus aller les chercher à l’école. J’ai besoin des heures supplémentaires et des primes du dimanche pour payer le crédit de ma maison… Je ne sais pas comment je vais faire vivre ma famille. Je demande qu’on casse l’APC et qu’on revienne à 35 heures. Rien d’autre. »

Neela* : « Tout augmente, les factures, les courses… Et nos salaires baissent. On ne tient pas le coup. J’ai perdu 250 euros par mois ! »

Kali* : « Nos horaires sont intenables. Physiquement, on n’y arrive pas. On va mourir. Je travaille ici depuis dix-sept ans et je ne gagne même pas 1 300 euros. Notre ancienneté n’est même plus reconnue. Rien. Nous ne sommes pas exigeants, nous ne voulons que nos droits de base. »

  • Les prénoms ont été modifiés.

Mehdi

Manutention et logistique

© Politis

« Je travaille ici depuis 2015. Avant, on était bien payés, on avait des heures supplémentaires… Tout a changé avec le covid. Les commandes ont chuté avec le confinement et la direction a changé nos contrats, en disant que c’était ça ou la fermeture. Beaucoup d’employés ont des familles, un crédit… Ils ont eu peur et ont signé. Nos horaires ont été augmentés de 30 minutes par jour, et mon salaire a chuté de 1 700 à 1 300 euros net par mois. On est passés de 35 à 42 heures, avec moins de salaire. Je n’avais jamais galéré mais, depuis que l’accord est appliqué, chaque mois, il me reste dix jours à vivre sans argent, sans rien.

Au déconfinement, le travail a redémarré. Air France, Starbucks, Monoprix… Les grosses commandes ont repris. Je prépare les commandes pour Starbucks, à peu près 2 000 colis par jour. Pareil pour Air France… Dans la bouffe, il y a du travail ! On a demandé à revenir comme avant, mais la direction refuse. Je ne comprends pas pourquoi. Pendant les confinements, j’étais tout le temps ici. J’étais solidaire avec la société, mais au déconfinement ils nous ont oubliés. »

Marie

Conditionnement

« Ça fait vingt ans que je suis là et je suis toujours au même stade. On dirait même que j’ai régressé. C’est pour ça que j’en ai ras le bol et que je fais grève aujourd’hui. Je perds 400 euros par mois avec l’accord de performance collective. Imaginez : 400 euros en moins, avec une charge de travail qui augmente, au point que vous ne savez même plus quand vous finissez. Comment je peux faire vivre mes quatre enfants avec ça ? Ça fait des années qu’on travaille ici, on est épuisés, et on nous traite comme ça, c’est honteux. Faire grève, c’est un sacrifice, mais je préfère ne rien avoir plutôt que de continuer comme ça. Nous ne pouvons plus continuer, simplement pour notre santé. Quand on travaille à la chaîne, le corps ne suit pas. On travaille debout dans le froid, il y a beaucoup d’arrêts de maladie et d’accidents du travail… Et quand on entre à l’usine, nous ne sommes plus maîtres de nous-mêmes. Pour aller aux toilettes, on doit demander la permission. Même si c’est illégal. »

Fatima

Professionnelle qualité

© Politis

« La direction nous a dit : “Air France, nous ne les récupérerons pas avant 2025, nous avons perdu tous les clients. Soit on baisse les salaires, soit on ferme.” Elle a menti. Au bout d’un mois, tous les clients étaient revenus. On est à presque 70 000 sandwichs par jour. Malgré ça, ils baissent les salaires et suppriment l’ancienneté en changeant les postes. Mon salaire a chuté de 2 000 à 1 500 euros brut, avec vingt-cinq ans de maison. 500 euros qui sont partis en flammes. On a perdu cinq jours de vacances, les primes d’ancienneté, les heures supplémentaires et les jours fériés.

Tout a augmenté. Avec le salaire qu’on touche, nous devons choisir entre payer notre loyer et manger. Depuis six mois, je reçois sans arrêt des lettres de la banque à la fin du mois, je n’arrive pas à m’en sortir. Nos journées de travail sont sans arrêt décalées. On mange à n’importe quelle heure… Nous avons une vie de famille, des responsabilités. Nous sommes humains. Mais ce n’est pas humain, ça. »


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