Alain Damasio : « On est passé de Big Brother à Big Mother »

L’auteur de science-fiction Alain Damasio analyse le système de surveillance actuel et ses ressorts insidieux à l’heure du numérique.

Maître de la science-fiction française, Alain Damasio a fait de la société de contrôle l’un des sujets majeurs de son œuvre. Il analyse ici comment le numérique nous a fait entrer dans un « régime de traces » qui conditionne nos actions. Il s’interroge aussi sur les raisons de notre consentement au contrôle et sur les façons d’affirmer réellement notre liberté.

Dès votre premier roman, La Zone du Dehors (1999), la question de la surveillance s’impose comme un thème omniprésent. D’où vient cette obsession ?

Alain Damasio : Je me suis moi-même souvent demandé pourquoi j’avais emporté mon tout premier livre vers ces enjeux… Quand j’en ai entamé l’écriture, en 1992, le grand public n’avait pas encore accès aux réseaux informatiques, et les caméras de vidéosurveillance n’étaient pas omni-présentes comme aujourd’hui. Pourtant, j’étais halluciné par leur sporulation, déjà, dans le métro parisien. Cela tient sûrement à mes lectures de Deleuze et Foucault, qui ont été des grandes rencontres intellectuelles. Mais cela s’explique aussi, comme souvent, par des -raisons plus personnelles, voire psychanalytiques : j’ai grandi dans une famille très patriarcale avec un père qui contrôlait un peu tout ce que l’on faisait. Ces caméras me renvoyaient sûrement à un mécanisme que je vivais intimement, dans ma sphère privée. Comme si le dehors ne pouvait plus être l’espace libératoire que j’en attendais.

Trente ans plus tard, en quoi le contexte a-t-il changé ?

Il y a eu l’arrivée d’Internet et des smartphones, les deux principaux vecteurs de surveillance sur les réseaux. Leur développement a donné une extension absolument délirante, presque arachnéenne, à la société de contrôle. Par nature, le réseau informatique produit de l’information, c’est son fonctionnement ontologique : dès lors qu’on allume son téléphone ou qu’on ouvre une page sur un moteur de recherche, on est donc, potentiellement, intégralement contrôlé. Le numérique nous a fait entrer dans ce que j’appelle le « régime des traces ».

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