Le naufrage Montebourg

À vouloir rassembler les républicains des deux rives, le candidat de la Remontada a échoué sur celle de droite.

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Cette fois, Arnaud Montebourg a dû rétropédaler. Un peu. Il a regretté lundi soir sur LCP s’être « mal exprimé » après ses propos en faveur du blocage des transferts d’argent privé vers les pays qui refusent d’accueillir leurs ressortissants visés par une mesure d’expulsion. La veille, invité du « Grand Jury LCI/RTL/Le Figaro », le candidat de la Remontada avait déploré le faible nombre d’exécution des OQTF, ces obligations de quitter le territoire français prononcées contre des étrangers. Estimant que réduire le nombre de visas accordés aux Algériens, aux Marocains et aux Tunisiens pour mettre la pression sur leurs gouvernements, comme l’a récemment annoncé le gouvernement, ne fonctionne pas, il s’est dit « décidé à taper au portefeuille » et a proposé de bloquer « tous les transferts » d’argent, « 11 milliards qui passent par Western Union », aussi « longtemps qu’on n’a pas un accueil de coopération ».

Cette sortie de route a immédiatement suscité un tollé à gauche. Et jusque dans les rangs montebourgeois. Le collectif « Les jeunes avec Montebourg » – une centaine de membres – s’est autodissous en fustigeant une proposition « injuste » et « inhumaine » à l’opposé de leurs « valeurs ». Cette mesure, bien dégueulasse, avait d’ailleurs été proposée par Marine Le Pen dès le mois de mars sur BFM-TV et reprise ensuite par Éric Zemmour. Après une réunion de crise à son QG de campagne, Arnaud Montebourg a enclenché sur LCP la marche arrière tout en refusant de reconnaître avoir commis une « erreur » : tout juste admet-il une « incompréhension ». C’est pourtant bien une erreur de qualifier d’« immigrés » Charles Aznavour et Zinedine Zidane, tous deux étant nés en France.

À vouloir rassembler les républicains des deux rives, Montebourg a échoué sur celle de droite. Le 21 septembre sur Europe 1, il n’était « pas du tout un souverainiste » ; le 3 novembre il se revendiquait ainsi, voulait « remettre la France au travail » et parlait de « matraquage fiscal ». Ce girouettisme est à l’image de ce début de campagne calamiteux où aucun des trop nombreux candidats n’a de programme à exposer, à l’exception de Jean-Luc Mélenchon. Sous la pression des sondages, qui animent le grand prix de l’Élysée et sont invoqués pour légitimer des candidatures, chaque prétendant cherche frénétiquement les petites idées qui buzzent et le distingueront. Susciter des polémiques avec des mesures censées flatter les électeurs-consommateurs devient alors un mode de campagne pour accéder à la notoriété. On attend toutefois d’un programme autre chose qu’un empilement de mesures destinées à déclencher un acte de vote comme on achète un yaourt.


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