Le « wokisme », bien sûr

Contre un agitateur d’extrême droite spécialisé dans les anathèmes racistes et les proférations révisionnistes, M. Blanquer s’est tenu coi.

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M. Blanquer, ministre de l’Éducation nationale de M. Macron, peut parfois donner l’impression de se montrer un peu versatile dans ses attentions et appréhensions.

Il y a peu, on se le rappelle, il s’est emporté contre une dangereuse mouvance composée notamment (et si l’on a bien compris la pensée de cette auguste éminence, qui est parfois un peu cryptique) d’universitaires sensibles aux discriminations visant les musulman·es, et qui, partant, « favorise », selon lui, « une idéologie qui ensuite, de loin en loin, mène évidemment au pire » – comprendre (et excuser du peu) : le terrorisme jihadiste.

À l’aune de ce mordant précédent, l’on imaginait que cet excellent homme, ayant ainsi fait la preuve qu’il savait parfaitement connecter – fût-ce au prix d’une discrète extravagance – des causes et des effets, allait puiser dans l’éprouvante actualité de ces dernières semaines de quoi exercer ce talent particulier.

L’on supposait d’abord que cet observateur averti de son époque allait s’alarmer, par exemple – car il y avait cette fois de quoi –, de l’irruption, dans le paysage politique, d’un agitateur d’extrême droite spécialisé dans le lancer d’anathèmes racistes et de proférations révisionnistes.

D’un sinistre sire qui, en 2016, déclarait qu’il était « en partie vrai » que les juifs avaient eu « trop de pouvoir » et « trop de puissance » dans la France de 1940. Qui, en 2018, soutenait, dans un style rappelant furieusement celui de la propagande collaborationniste : « La guerre civile, ce sont les communistes qui l’ont commencée en 1941 en exécutant des Français collaborateurs et des soldats allemands. » Qui, en 2019, répétait contre la vérité historique (et la décence la plus minime) que le maréchal Philippe Pétain, complice actif de la Shoah, avait « sauvé » les juifs français. Qui, au mois de septembre dernier, doutait – pourquoi brider son obscénité ? –, au prétexte de l’inhumation de ces victimes en Israël, que les parents des enfants juifs assassinés à Toulouse en 2012 par le terroriste Mohammed Merah fussent bien « français ». Qui, enfin, toujours en septembre, exprimait aussi ses doutes quant à l’innocence du capitaine Alfred Dreyfus – ajoutant, par un nouveau surcroît d’indignité, que cet officier n’avait pas tant été attaqué comme « juif » que comme « Allemand » (1).

L’on supputait ensuite que M. Blanquer, si rapide à jeter l’opprobre sur des universitaires au motif de leur sensibilité aux discriminations, allait se montrer tout aussi prompt à pointer de nouveau, dans ces proférations, une « idéologie » pouvant « ensuite, de loin en loin, mener évidemment au pire » – et par exemple à la planification d’un coup d’État contre une France vue comme trop « juive » par ses fomenteurs.

Or, point : tout soudainement, et au contraire, M. Blanquer s’est tenu coi.

Mais il est vrai aussi qu’il était occupé à lancer son think tank, dédié pour l’essentiel à la contention de la terrible menace qui pèse sur l’Hexagone : le « wokisme », bien sûr.

(1) Cela fait beaucoup, n’est-ce pas ?


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