Le réflexe de l’huître

La détection de ce nouveau variant du virus du covid a déclenché une vaste réaction instinctive de fermeture dans le monde.

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Omicron, méga flip. En deux jours, la détection par l’Afrique du Sud de ce nouveau variant du virus du covid a déclenché une vaste réaction instinctive de fermeture dans le monde. Les vols issus de la région sont non grata dans des dizaines de pays, Israël et le Japon interdisent même leur territoire à toute personne étrangère. Il faut dire que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié le risque de « très élevé » : omicron, son nom dans la nomenclature des variants du SARS-CoV2, présente un grand nombre de mutations sur son génome. Il serait potentiellement plus contaminant encore que le variant delta, dont le monde est familier depuis plusieurs mois.

Certes, il faudra attendre quelques semaines pour quantifier objectivement la menace : on ne sait encore à peu près rien des caractéristiques d’omicron – propagation, symptômes, formes graves de la maladie, résistance aux vaccins, etc. Difficile à ce stade de reprocher aux gouvernements un excès de prudence et d’anticipation. La courte mais édifiante histoire de la cohabitation entre SARS-CoV-2 et l’humanité leur a parfois enseigné l’humilité.

Cependant, les mesures en restent trop souvent au stade du geste réflexe. Ça « vient » d’Afrique du Sud ? On se barricade de l’Afrique australe. Et peu importe que se confirme déjà la présence du variant dans des dizaines d’autres pays. Les restrictions aux frontières ne devraient décaler la diffusion planétaire d’omicron que d’une quinzaine de jours.

Car entre son émergence et sa détection, il a pu s’écouler des semaines, avec une circulation incognito, notamment en Afrique, très largement dépourvue de moyens pour surveiller l’évolution de la pandémie. C’est l’Afrique du Sud, l’un des rares pays du continent à disposer de laboratoires ad hoc, qui la première a détecté le mutant, et alerté immédiatement l’OMS. Résultat, déplore Pretoria : la « punition » d’une quarantaine planétaire pour avoir joué le jeu de la solidarité internationale, alors que la saison touristique démarre dans le pays. L’OMS s’alarme : à l’avenir, des pays pourraient se montrer cachottiers s’ils détectent un mutant sur leur territoire.

Le message s’adresse surtout aux pays du Nord. Au réflexe d’une rétractation mécanique de leurs frontières ne s’est pas encore imposée une logique de bon sens, qui imposerait qu’ils misent massivement sur la vaccination dans les pays démunis, afin d’enrayer la production de variants. En Afrique du Sud, la population adulte est couverte à 24 % seulement. À l’échelle du continent, ce chiffre tombe à 6 %. Les membres du G20 ont reçu quinze fois plus de doses de vaccin que l’Afrique subsaharienne.


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