Classe « dangereuse » : une parole disqualifiée

La voix des pauvres et des minorités reste inaudible, voire empêchée, en politique comme dans les médias. Au risque d’attiser un sentiment d’injustice néfaste à la cohésion républicaine.

Erwan Manac'h  • 19 janvier 2022 abonné·es
Classe « dangereuse » : une parole disqualifiée
La violence symbolique appliquée d’ordinaire aux banlieues a été reproduite envers les gilets jaunes.
© Martin Lelievre/Hans Lucas/AFP

S’inviter dans l’arène médiatique lorsqu’on ne répond pas aux critères de l’acceptabilité s’avère souvent une expérience éprouvante. Ils sont nombreux – pauvres, de couleur, femmes, voire, pire, les trois à la fois – à partager ce sentiment d’iniquité, même si nos écrans exposent désormais une diversité de visages.

« Quand on est un militant des quartiers populaires, antiraciste, et encore plus quand on est musulman, c’est quasiment impossible d’avoir accès aux grands médias, dénonce Youcef Brakni, membre du comité Justice pour Adama. Il faut qu’on fasse des choses énormes ou inattendues pour rendre nos combats visibles. »

Plusieurs études ont permis d’éclairer ce sentiment d’injustice (lire infographies). Dans la fiction, elles montrent une prédominance de la figure de l’homme blanc, qui monopolise à lui seul la moitié des personnages principaux. « De nombreuses histoires ne sont pas racontées, souligne la chercheuse en sciences de l’information Sarah Lécossais,

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Société
Temps de lecture : 8 minutes