La diplomatie des chars russes

Ukraine, Haut-Karabakh, Biélorussie, Kazakhstan : en deux ans, l’armée russe est intervenue à quatre reprises. Chaque fois à la suite d’un « départ d’incendie » teinté d’aspirations démocratiques.

Patrick Piro  • 12 janvier 2022
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La diplomatie des chars russes
© Handout / Russian Defence Ministry / AFP

Tout aussi rapidement qu’il a été débordé par la rue, depuis le 2 janvier, le pouvoir kazakhstanais a annoncé avoir repris la situation en main, grâce à l’intervention rapide et massive de l’armée russe. Le bilan d’une semaine d’émeutes, qui ont embrasé Almaty, première ville du pays, est très lourd : au moins 8 000 arrestations, des dizaines de morts et des milliers de personnes blessées. Le président Tokaïev avait ordonné aux forces de l’ordre de « tirer pour tuer ».

Tentative de coup d’État, agression du terrorisme international ou hommes armés formés à l’étranger. La classique rhétorique justificative a été déballée, de Noursoultan (la capitale) à Moscou. Vladimir Poutine, qui considère l’effondrement de l’ancien empire soviétique comme « la plus importante tragédie du XXe siècle », est explicite : « Nous ne permettrons pas que se réalise dans notre région le scénario des soi-disant révolutions de couleur », allusion aux soulèvements pro-démocratie « rose » en Géorgie et « orange » en Ukraine. À Almaty, la contestation, déclenchée par le doublement brutal du prix du gaz, a rapidement enflé. Les manifestants exigeant le départ du président. Tokaïev, même moins outrancier que son prédécesseur Nazarbaïev, est de la clique des dictateurs et autocrates que leur grand frère Poutine entend garder sous sa coupe : le soutien des chars russes en échange d’une certaine docilité à l’égard du projet de restauration de la sphère soviétique. Ukraine, Haut-Karabakh, Biélorussie, Kazakhstan : en deux ans, l’armée russe est intervenue à quatre reprises selon cette modalité, et chaque fois à la suite d’un « départ d’incendie » teinté d’aspirations démocratiques.

Mais le front qui préoccupe véritablement le maître du Kremlin se situe à l’Ouest, où la volonté d’ancrage de l’Ukraine dans le camp occidental lui est autrement insupportable. Particulièrement le souhait de Kiev d’intégrer l’Otan. Une véritable ligne rouge pour Vladimir Poutine, qui entend délivrer un message en massant de fortes troupes à la frontière ukrainienne. Une manière également de faire monter les enchères alors que des négociations entre diplomates russes et états-uniens viennent de s’achever à Genève. Moscou a présenté le projet d’un double traité : interdiction de tout nouvel élargissement de l’Otan dans son « étranger proche », et du déploiement de bases militaires états-uniennes dans les pays de l’ex-Union soviétique, dont certains sont cependant membres de l’Otan (Estonie, Lettonie, Lituanie). Des exigences inacceptables pour la superpuissance américaine mais qui viennent illustrer l’inquiétude de la Russie face à la résurgence des États-Unis sur la scène internationale depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche.

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