Quelle stratégie sanitaire face au changement climatique ?

Alors que les liens entre climat et santé sont prouvés, les inégalités d’accès aux soins élémentaires sont criantes. L’OMS envisage l’instauration d’une couverture sanitaire universelle pour améliorer la résilience des populations.

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À l’échelle mondiale, plus de la moitié de la population n’a pas accès aux services de santé essentiels. Plus de 800 millions de personnes consacrent au-delà de 10 % du budget de leur ménage à la santé. Chaque année, ces dépenses plongent plus de 100 millions d’individus dans l’extrême pauvreté, les obligeant à de terribles choix : prendre soin d’eux-mêmes ou nourrir leur famille ? Choisir l’éducation ou les soins de santé pour leurs enfants ?

Face à ce constat irréfutable, documenté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé une initiative sans précédent : une couverture sanitaire universelle (CSU) (1). L’instauration de cette CSU vise à ce que toutes les personnes et les communautés puissent bénéficier des services de santé proactifs, préventifs, curatifs, rééducatifs et palliatifs dont elles ont besoin, d’une qualité suffisante pour être efficaces, tout en veillant à ce que l’utilisation de ces services n’expose pas l’utilisateur à des difficultés financières. La CSU se retrouve dans tous les objectifs de développement durable liés à la santé et apporte aux populations les plus pauvres du monde l’espoir de vivre en meilleure santé et d’être mieux protégées. C’est donc devenu un but majeur de la réforme de la santé dans de nombreux pays et un objectif prioritaire de l’OMS.

Mais le changement climatique menace de compromettre la réalisation de la CSU, du fait de ses répercussions négatives sur la santé et des dysfonctionnements qu’il entraîne dans les systèmes de soins (2). Pourtant, les activités portant sur le changement climatique et celles sur la CSU peuvent se renforcer mutuellement dans la mesure où elles tentent d’améliorer la santé et de parvenir à l’équité en matière de santé. Par exemple : les programmes axés sur la CSU peuvent chercher à améliorer la compréhension du changement climatique, viser l’atténuation des gaz à effet de serre dans le secteur de la santé, tout en mettant en œuvre des plans d’adaptation au climat qui donnent la priorité à la résilience climatique.

À l’ONU, une « réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle » a reconnu la nécessité de « mettre en place des systèmes de santé solides, résilients, fonctionnels, bien gérés, réactifs, responsables, intégrés, de proximité, à dimension humaine et capables de fournir des services de qualité, qui s’appuient sur un personnel de santé compétent, des infrastructures sanitaires adéquates, des cadres législatifs et réglementaires bien adaptés, ainsi que sur des financements suffisants et durables ». Elle a également pris note des effets néfastes des changements climatiques, des catastrophes naturelles, des phénomènes climatiques extrêmes ainsi que d’autres facteurs environnementaux déterminants, en reconnaissant en outre la nécessité de disposer de systèmes de santé résilients pour protéger la santé de toutes les populations.

La CSU repose ainsi sur les soins de santé primaires (SSP), dont le principe fondamental est que toute personne, partout dans le monde, mérite de recevoir des soins appropriés, au sein de sa communauté. Soit un modèle qui répond à la majorité des besoins sanitaires d’une personne tout au long de sa vie. Il inclut le bien-être physique, mental et social, qui est centré sur la personne plutôt que sur la maladie. Des soins de santé fondés sur des stratégies résilientes au changement climatique et à faibles émissions de carbone, telles celles faisant appel aux énergies renouvelables et aux dispositifs médicaux à haut rendement énergétique, peuvent les rendre plus accessibles et ainsi faciliter la mise en place des besoins primaires.

À cet égard, les SSP peuvent devenir un puissant élément de progrès dans la lutte contre les effets du changement climatique et la résilience des communautés face au climat, afin de parvenir à un développement à faibles émissions.

Le personnel soignant des structures de soins primaires devra également créer des systèmes d’intervention d’urgence en santé publique qui résistent au climat, pour assurer la viabilité de la fourniture de services de santé essentiels aux personnes touchées par des phénomènes météorologiques extrêmes.

Par Emmanuel Drouet Microbiologiste à la faculté de pharmacie de Grenoble.

(1) « Couverture sanitaire universelle », avril 2021, sur le site de l’OMS : www.who.int

(2) « Établissements de santé résilients face au changement climatique et écologiquement viables. Orientations de l’OMS », octobre 2020, www.who.int, et « Climate change threatens the achievement of effective universal healthcare », Renee Salas et Ashish Jha, The BMJ, septembre 2019.


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